Kinshasa – COMICO : Malgré sa nomination comme mufti, Shaykh Zahidi Ngongo se heurte à une crise de légitimité.

Proclamé grand mufti de la RDC par des imams de Kinshasa comptant tous parmi ses partisans, Shaykh Zahidi Ngongo Amani est désormais confronté aux réalités de son difficile exercice du pouvoir, alors qu’il n’est reconnu ni par la COMICO, ni par le gouvernement congolais, et que son statut divise les fidèles musulmans du pays.

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On peut être nommé mufti de la République Démocratique du Congo sans pour autant être en mesure d’exercer son autorité. Depuis qu’il a été intronisé par ses partisans cette semaine, Shaykh Zahidi Ngongo est confronté à cette dure réalité. Tout d’abord, l’ancien président du Conseil Théologal National subit un déficit en terme de renommée. Lorsque l’on interroge les musulmans congolais sur le personnage incarnant l’autorité islamique au Congo, force est de constater que c’est le nom de Shaykh Ali Mwinyi Mkuu, imam représentant légal de la Communauté Islamique en République Démocratique du Congo, qui revient. Intronisé à Kinshasa par des imams, certes originaires des quatre coins du pays, mais officiant tous dans la capitale, le « mufti » est pour le moment perçu comme lointain et exclusivement kinois aux yeux des fidèles congolais.

Mais Shaykh Zahidi Ngongo doit relever un défi plus grand encore que celui de sa renommée, puisqu’il doit s’inscrire dans un cadre légal au niveau des statuts de la Communauté Islamique en République Démocratique du Congo dont il s’estime être le nouveau leader depuis quelques jours. Cependant, pour prendre la tête de cette institution, il faut au préalable que les membres effectifs de la structure se réunissent en assemblée générale. C’est à l’issue de ces discussions que l’assemblée élit un bureau provisoire chargé d’organiser l’élection des nouveaux dirigeants de la COMICO pour une durée de 5 ans. Dans le cas de Shaykh Zahidi Ngongo, non seulement Shaykh Ali Mwinyi, actuel imam représentant légal, est sous mandat jusqu’en 2019 au moins, mais surtout, le nouveau « mufti » ne serait en réalité pas membre effectif de la COMICO, et donc officiellement pas éligible à la fonction suprême.

Dans ce contexte, difficile pour Shaykh Zahidi Ngongo de diriger sereinement une communauté représentant aux alentours de 12% de la population congolaise, d’autant qu’approchent les festivités de l’Aïd Al-Fitr, traditionnellement dirigées par les imams de la COMICO à travers le pays. C’est ainsi que les partisans du « mufti » mettraient tout en oeuvre pour lui offrir un cadre légal d’ici le 10 juin prochain, de manière à permettre à l’imam Zahidi Ngongo de présider la grande prière célébrant la fin du mois de Ramadan. Dénonçant pour sa part un « putsch », Shaykh Ali Mwinyi Mkuu s’est montré serein hier, interrogé par la presse locale à l’issue de la prière du vendredi à la mosquée Citas de Barumbu. En effet, l’imam a assuré que la COMICO n’avait pas été dédoublée et qu’il n’y avait aucune direction bicéphale de l’institution.

De son côté, Shaykh Zahidi Ngongo, qui devrait logiquement organiser la prière de l’Aïd séparément des célébrations traditionnellement prévues par la COMICO au stade des martyrs, à Kinshasa. Il pourrait compter sur le soutien de l’imam Dokodoko, leader de la Corporation des Shaykhs et Imams des Mosquées, opposant de longue date aux instances officielles de l’islam congolais. La question sera alors de savoir si Shaykh Zahidi Ngongo parviendra à réunir plus de fidèles que ne le feront les imams légitimes de la COMICO, ce qui constitue d’ores et déjà un premier grand test pour sa popularité.