Kinshasa – COMICO : Intoxication au djihadisme, le jeu dangereux d’Idryss Katenga.

L’accusation en djihadisme. C’est le nouvel angle de défense, étonnant et quelque peu choquant, choisi par certains dirigeants de la Communauté Islamique en RD Congo, pour décrédibiliser leurs adversaires politiques de l’ancien Conseil Théologal National, avec à leur tête le mufti Shaykh Zahidi Ngongo Amani.

Idryss Katenga, secrétaire général adjoint de la COMICO, dirigeant un séminaire à Kinshasa (18/08/2018)
Idryss Katenga, secrétaire général adjoint de la COMICO, dirigeant un séminaire à Kinshasa (18/08/2018)

La semaine dernière, sur les médias nationaux les plus influents du Congo, Idryss Katenga, secrétaire général adjoint de la COMICO, chargeait le camp adverse en l’accusant d’appartenir à la mouvance djihadiste et d’en soutenir les thèses. Réprouvées par une écrasante partie des musulmans congolais, qui connaissent de longue date le combat des imams et de Shaykh Zahidi Ngongo pour une réforme éclairée et plus théologique de l’islam en RDC, ces accusations ont surtout traduit une perte totale de lucidité pour des cadres d’un comité directeur visiblement aux abois. Relayées sur les réseaux sociaux et reprises en boucle par des non-musulmans, ces accusations, graves, contribuent à stigmatiser une partie des musulmans congolais et à rendre vivace et totalement crédible la menace d’une implantation djihadiste dans le pays, alors-même qu’un lien a récemment été établi entre les rebelles ADF sévissant à Beni et l’Etat Islamique. Par ses propos, Idryss Katenga n’a donc pas hésité à jouer sur le climat de psychose entourant la question du djihadisme au Congo, jetant ainsi en pâture ses frères qui n’ont pourtant basé leurs revendications que sur des choix politiques et organisationnels au sein de la COMICO.

Parties de WhatsApp, où partisans du comité directeur de la COMICO et fidèles de Shaykh Zahidi Ngongo s’affrontent tous les jours avec toujours plus de virulence, ces accusations de « djihadisme » ont pour source des menaces adressées nominativement à l’encontre de certains dirigeants de la COMICO, dont Shaykh Ali Mwinyi en personne. Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce que les concernés portent plainte auprès des services de police au sujet de ces menaces, dont certaines de mort, ils ont préféré porter la question dans l’espace public en systématisant un discours sur une menace djihadiste représentée par les fidèles du mufti Zahidi Ngongo. Evoquant l’occupation, qui dure depuis plusieurs mois maintenant, du siège de la COMICO par les membres du Conseil Théologal National, Idryss Katenga déclarait la semaine dernière au micro d’actualite.cd :

« Après avoir assiégé nos bureaux, ils se sont emparés de nos documents de travail qu’ils diffusent sans scrupule sur les réseaux sociaux. Ces personnes qui se disent volontiers djihadistes ne se gênent pas de prêcher le sacrifice suprême aux jeunes délinquants et d’appeler au meurtre. Dans leur groupe WhatsApp ils ont intitulé « conseil Théologal », ils ont écrit des messages dans lesquels ils citent les responsables de la communauté et les menacent de mort. Pendant huit mois, les autorités légales de la COMICO et les musulmans ont cru à l’Etat et à la justice. Certes, plusieurs réquisitions d’informations enjoignant la police de se saisir des malfrats mais, à chaque fois, l’exécution de ces actes a toujours été bloquée par une main invisible mais facile à deviner ».

La veille des célébrations de l’Aïd El Fitr, marquant la fin du mois de ramadan, Idryss Katenga avait même poussé l’usage de la peur à son paroxysme en déconseillant aux musulmans de se rendre au Stade des Martyrs, par crainte d’attaque terroriste de grande ampleur. Souhaitant visiblement saboter la prière qui y était dirigée par le mufti Shaykh Zahidi Ngongo Amani, Katenga n’a finalement pu que constater le grand succès d’une cérémonie qui s’est déroulée sans aucun accroc et au cours de laquelle le mufti a délivré un discours d’apaisement et d’unité. Il faut désormais espérer qu’en lieu et place de ce discours alarmiste et un brin manipulateur, le comité directeur de la COMICO se mettra aussi face à ses responsabilités et multipliera les actions à l’égard du camp de Zahidi Ngongo, dont le sentiment d’adhésion grandit de jour en jour au sein de la communauté.