Culture : Quand le kiswahili s’écrivait en lettres arabes.

Jusqu’au début du 20ème siècle, le kiswahili s’écrivait en alphabet arabe, jusqu’à ce que les colons européens décident de le modifier en lui attribuant un alphabet latin.

Acte de reddition d'un chef Congolais au Lt Emile Storms
Acte de reddition d’un chef Congolais au Lt Emile Storms / Royal Museum for Central Africa, Tervuren (Belgique)

C’est après avoir vaincu et chassé les chefs Arabes du Maniema et des Stanley-Falls (région de Kisangani) que les colons ont entrepris de s’attaquer au kiswahili dans sa forme. Introduit par les marchands zanzibarites au Congo, cette langue était perçue comme un vecteur de l’islamisation de populations autochtones que les missionnaires chrétiens peinaient encore à gagner à leur cause. Dans cet extrait du livre « Allâh, la Patrie, les Ancêtres » (H.Maludi, 2017), on retrouve les motivations qui animaient alors les initiateurs de cette démarche :

« Au début du 20ème siècle, le Congo se retrouve au beau milieu d’une rivalité entre les missions catholiques et les églises protestantes, toutes deux lancées dans une course intense à l’évangélisation de l’Afrique. Plusieurs missions chrétiennes sont ainsi envoyées dans le pays pour sauver les âmes des « indigènes », mais aussi pour concurrencer la prédication islamique, toujours active dans les régions orientales.

Conscients de leur retard sur la religion musulmane, que les autochtones ont fini par préférer au christianisme dans le Maniema, les Pères Blancs apprennent le kiswahili et diffusent des traductions de la Bible dans cette langue qu’ils tenteront de « désarabiser » au maximum, afin qu’elle ne renvoie plus à des concepts coraniques. Ils utiliseront également le lexique théologique bantou plutôt que le kiswahili, qui utilise bien trop de mots arabes, pour retranscrire les notions bibliques à inculquer aux Africains. Mais « désarabiser » le kiswahili, c’est surtout ce que feront les missionnaires dans les colonies allemandes d’Afrique Orientale, où aux environs des années 1918, ils dépouilleront la langue de ses caractères arabes pour l’affubler de manière définitive de l’alphabet latin. »