Dr Yusuf Muderwa: « Face au coronavirus, les gens sont tentés par la médecine traditionnelle. »

Alors que l’Etat congolais prend des mesures pour faire face à l’épidémie de coronavirus qui touche désormais la République démocratique du Congo, les personnels de santé sont en première ligne pour répondre à un éventuel afflux de malades dans les services médicaux. En manque criant de moyens, humains comme matériels, ils relaient sans relâche les messages de prévention, notamment sur les gestes barrières à adopter, afin de tenter de freiner l’épidémie. Médecin au sein d’un centre de santé de la Solidarité musulmane pour le développement au Congo (SOMUDECO), dotée d’un cabinet à Limete et d’un autre dans la commune de Selembao, où il officie, le Docteur Yusuf Muderwa s’inquiète de l’application difficile des mesures de confinement et de distanciation sociale prônées par les spécialistes.

« Les mosquées ont été fermées et nous, les musulmans, nous prions chez nous, cette mesure a été strictement respectée. Par contre, pour le reste de la population, il est difficile de faire appliquer des mesures de confinement à Kinshasa, compte tenu des conditions de vie ici, où on dit souvent que la population vit au taux du jour », explique ainsi le docteur. « Je pense tout de même que le chef de l’Etat va de nouveau insister pour le confinement de la capitale en n’autorisant les gens à sortir qu’en cas de nécessité. Aujourd’hui, le problème c’est que les gens sont dans la nécessité permanente et qu’il paraît vraiment compliqué de les empêcher de sortir pour le moment, même si c’est vrai qu’on constate que certaines activités tournent au ralenti dans la ville. »

Pour contrer l’épidémie, certains congolais ont recours à l’automédication par la médecine traditionnelle. Utilisé depuis des générations, le « Kongo Bololo », un traitement à base de plantes (vernonia amygdalina) retrouve notamment un franc succès dans le pays, mais comporte une grande part de risques. Il y a une semaine, trois enfants ont perdu la vie à Kinshasa après que leur mère leur ait fait consommer du « Kongo Bololo » mélangé à du citron. Alors que les centres de santé de la SOMUDECO ont en leur possession toute une série de produits naturels, le Docteur Yusuf Muderwa est témoin direct de l’attrait exercé par cette médication sur la population.

« Nous avons des sirops et divers produits naturels connus pour renforcer le système immunitaire et certains de nos patients sont venus s’approvisionner en prévention du coronavirus. Nous, ici, nous n’avons pas encore eu de cas de coronavirus dans notre cabinet, mais il faut savoir que face à cette épidémie, la plupart des gens à Kinshasa se tournent vers la médecine traditionnelle et naturelle. »

Alors que la RDC a autorisé le traitement du covid-19 par la chloroquine, nombreuses sont les organisations de santé qui déconseillent le recours exclusif à la médecine traditionnelle, jugée dangereuse et peu fiable. D’après l’OMS, la RDC compte aujourd’hui 109 cas de personnes infectées par le covid-19 et 9 décès.

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