Ramadan : Entre confinement et guerre des chefs.

Rarement les musulmans congolais n’ont été autant frustrés qu’en cette période de Ramadan absolument inédite. Privés de rassemblements dans les mosquées et des prières nocturnes du Tarawih, ils vivent ce mois de jeûne de manière individuelle ou familiale sans aucune interaction avec le reste de la communauté, comme cela est de coutume en temps normal. Outre ce confinement, décidé pour lutter contre la propagation du covid-19, les musulmans de la République démocratique du Congo continuent à assister, impuissants, à la terrible guerre des chefs que se livrent les 3 imams qui revendiquent ardemment le poste d’imam représentant légal de la Communauté islamique en RD Congo : Abdallah Mangala, Ali Mwinyi et Youssouf Djibondo.

Un grand nombre de fidèles s’informe quotidiennement sur la situation de la communauté via les réseaux sociaux. En dehors des actions de solidarité menées par quelques associations qui continuent à intervenir au plus près des démunis, ce sont les tensions liées au contrôle de la COMICO qui animent les débats et suscitent la colère et l’indignation des fidèles. Déçus, lassés, nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à s’adresser directement aux concernés afin qu’ils mettent fin à ce spectacle qui dure depuis des mois et auquel aucune issue ne semble envisageable.

« Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que vous faites, ni de la honte que vous êtes en train d’infliger à cette communauté », s’indigne ainsi le jeune imam Mustapha Tutu sur une vidéo diffusée sur WhatsApp, fustigeant l’attitude des 3 imams. « Pourquoi est-ce que l’un d’entre-vous ne prend-il pas l’initiative de se désister et de permettre ainsi d’ouvrir la voie à une solution ? Vous n’agissez que par orgueil, par amour du pouvoir et par égoïsme ».

Arrivés tous deux en tête avec 127 voix lors de la dernière élection de la COMICO en mars dernier, Abdallah Mangala et Ali Mwinyi, l’imam représentant légal sortant, revendiquent tous deux le poste et s’accusent mutuellement d’être dans l’illégalité. Alors qu’Ali Mwinyi reste le seul habilité à émettre des documents officiels au nom de la COMICO, Abdallah Mangala est reconnu et considéré comme le principal interlocuteur du gouvernement et de la Présidence de la République en ce qui concerne les affaires des musulmans. De son côté, Shaykh Youssouf Djibondo fait valoir son élection par ses pairs survenue au début du mois de février 2020 au cours d’une séance préparatoire au scrutin général du mois de mars.

Sans leader clairement identifié, la communauté musulmane pourrait vivre des célébrations de l’Aïd Al-Fitr en ordre plus dispersé que jamais.

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