Islam / Rwanda : La progression fulgurante de l’islam au Rwanda

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Montrés du doigt et diabolisés il y a une vingtaine d’années encore, les Musulmans du Rwanda ont joué un rôle majeur durant le génocide de 1994. En effet, au-delà des considérations ethniques, ils ont sauvé un grand nombre de Tutsis des massacres.

Avant les événements terribles de l’été 1994, les Musulmans n’étaient perçus que comme des ennemis intérieurs au Rwanda, une communauté qu’il ne valait mieux pas côtoyer, ni de près, ni de loin. « Dans les églises, on disait aux gens de ne pas entrer dans les mosquées, ni dans les maisons des Musulmans car elles étaient pleines de diables, témoigne ainsi le Shaykh Saleh Habimana, grand mufti du Rwanda. Ils leur disaient de ne pas ouvrir le Coran car cela rendait fou. Et même de serrer la main des Musulmans car [ces gens sont des diables]. »

Ces mises en garde, ces clichés et cette stigmatisation, classiques dans certaines régions d’Afrique, se sont pourtant heurtées à la réalité du génocide de 1994. Sous l’impulsion du pouvoir de l’époque, détenu par les Hutus, c’est une véritable chasse aux Tutsis qui a eu lieu au Rwanda, causant la mort de près d’un million de personnes d’avril à juillet 1994. Parmi les personnes pourchassées, nombreuses sont celles qui n’ont eu d’autre solution que de chercher refuge dans les mosquées, où les Musulmans, principalement Hutus, leur ont offert protection et nourriture.

« J’ai demandé aux Musulmans d’apporter de la nourriture et des provisions pour les gens cachés dans la mosquée, témoigne un imam Rwandais. J’étais sous la pression d’abandonner les Tutsis à la mort, étant moi-même un Hutu. Mais j’étais déterminé à rester avec eux, et si besoin, à mourir avec eux. »

C’est qu’au Rwanda, la communauté Musulmane s’est construite et a défini son identité au-delà de la seule logique purement tribale ou ethnique. Les Musulmans du Rwanda se voient ainsi comme Musulmans avant tout, et peuvent ainsi coexister et coopérer avec leurs semblables, quelle que soit leur ethnie.

Au lendemain de ce génocide, qui aura profondément changé le visage du Rwanda, différentes associations religieuses ont constaté un succès nouveau pour la religion musulmane, vers laquelle continuent encore aujourd’hui de se tourner une multitude de Rwandais et de Rwandaises. En 2005 déjà, alors que plus de 14% de la population était convertie à l’islam, la chercheuse Alana Tiemessen observait que cette religion, minoritaire avant le génocide, constituait désormais un trait d’union entre les Hutus et les Tutsis. Composée d’environ 500 000 personnes avant 1994, la communauté musulmane Rwandaise compterait un peu plus de 2 millions de personnes aujourd’hui. Un succès qui s’explique également par le rejet de l’église catholique, longtemps accusée pour son rôle durant le génocide.

Aujourd’hui, les craintes de voir un islam radical se développer au Rwanda sont apaisées, les minarets fleurissent sur le pays aux mille collines ; les imams, la plupart du temps formés en Egypte, en Arabie Saoudite ou au Soudan, sont désormais instruits localement, bénéficiant du travail d’associations étrangères et Rwandaises, qui oeuvrent pour le développement du savoir islamique dans le pays.

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