Denis Mukwege

Prix Sakharov en 2014, Denis Mukwege, qui aurait également à plusieurs reprises pu être nommé Prix Nobel de la Paix, soigne depuis 15 ans les femmes victimes de viols à l’Est de la République Démocratique du Congo. A travers le documentaire « L’homme qui répare les femmes », du réalisateur Thierry Michel, le gynécologue essaie d’alerter la communauté internationale sur la situation en RDC, comme il l’a expliqué sur le plateau de France 24.

Denis Mukwege a d’abord expliqué a quel point le viol et les actes de barbaries sur les femmes étaient devenues de véritables armes de guerre par lesquelles les agresseurs terrorisaient systématiquement les populations de l’Est de la République Démocratique du Congo, dans l’indifférence de la communauté internationale : « Depuis 15 ans, chaque année vient avec son lot de nouvelles techniques pour humilier, détruire davantage la victime, mais aussi sa communauté, a ainsi expliqué le gynécologue. Plus le monde sera indifférent par rapport à cette arme tragique, plus ceux qui utilisent cette arme imagineront d’autres façons de faire du mal à leurs victimes. Ce qui montre que c’est une stratégie de guerre, c’est que nous avons traité aussi bien des bébés que des femmes de plus de 80 ans. Parler de sexe, non, c’est la femme qui est visée en tant que femme quel que soit son âge. C’est l’anéantissement de la société à travers cette humiliation, l’anéantissement de la femme. Quand la femme subit ce genre de traitement devant sa famille, son mari, ce sont tous les éléments de la société qui se rompent ».

Destiné à traumatiser les populations, mais aussi à déstabiliser les sociétés, le viol comme arme de guerre détruit les personnes et vise à anéantir purement et simplement la femme dans tout ce qu’elle représente, comme l’explique Denis Mukwege : « Lorsque nous écoutons des témoignages, elles ne sont pas seulement violées mais subissent des actes barbaries qui portent sur leurs organes génitaux. Il y a une volonté de détruire la femme, détruite la porte d’entrée de l’humanité ».

Alors que le film « L’homme qui répare les femmes » montre l’action du docteur dans sa clinique de Panzi, Denis Mukwege espère éveiller les consciences, aussi bien au Congo qu’à l’échelle internationale, où malgré les nombreuses distinctions qui lui ont été adressées, c’est surtout par son indifférence vis-à-vis de la situation en RDC que s’illustre la communauté internationale : « Nous avons utilisé la parole pour faire passer le message, essayer d’éveiller la conscience, autant internationale que nationale, au sujet de ce qu’il se passe à l’Est de la RDC, explique le docteur Denis Mukwege sur le plateau de France 24Ce film va être projeté dans plusieurs capitales, nous espérons pouvoir le projeter, après Paris, à Genève, Washington, mais aussi au Congo. Lorsque vous voyez les femmes qui parlent dans ce film, ce ne sont pas des victimes, ce ne sont pas des survivantes, ce sont plus que ça, ce sont des femmes qui ont transformé leur peine et leur souffrance en pouvoir, c’est une image très positive de la femme Congolaise. Les autres femmes Congolaises ont besoin de voir ces images de survivantes, de femmes qui essaient de s’en sortir ».

Le gynécologue espère aujourd’hui des décisions fortes de la part de la communauté internationale, et il demande que justice soit faite, notamment à travers un tribunal pénal international qui jugerait les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis à l’Est de la RDC.

« Sans justice, je ne vois pas la restauration de leur dignité se faire complètement, il faut absolument qu’il y ait un tribunal pénal international. Ces viols ont été faits pas seulement par des Congolais, mais aussi par des armées étrangères qui étaient entrées au Congo, précise le docteur. On ne peut pas faire la réconciliation si il n’y a pas la vérité. Ceux qui ont commis ces crimes de guerre, ces crimes contre l’humanité, doivent répondre de leurs actes pour que la réconciliation puisse se faire. La communauté internationale a donc un rôle à jouer ».

Doté d’une aura et d’un charisme rares sur la scène médiatique Congolaise, Denis Mukwege peut-il être tenté par l’aventure politique, à un an d’élections présidentielles très attendues en RDC ? « Je suis citoyen Congolais, je suis gynécologue obstétricien, c’est un travail que je fais avec passion, et je pense que je le fais bien », s’est contenté de répondre l’intéressé.

D’après l’ONU, plus de 500 000 femmes ont été violées en République Démocratique du Congo depuis 1996 et le début du conflit à l’Est du pays.

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