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Symbolisée tout récemment par le phénomène des « enfants-sorciers », qui a tristement rendu célèbre la RDC aux yeux du monde, la sorcellerie traditionnelle continue de pourrir le quotidien des Congolais, qui ont au fur et a mesure du temps intégré sa présence dans leurs codes de pensée ainsi que dans leurs croyances.

Le moindre échec, la mort d’un proche, l’infertilité, le célibat, la maladie, une affaire qui s’effondre, un destin défavorable,… on plaide la sorcellerie pour expliquer absolument tous les revers subis, tous les coups durs, excluant ainsi toute notion de Destinée divine; un comble pour une population dans sa grande majorité très croyante.

Omniprésente dans la vie des Congolais, la pratique de la magie noire a donné lieu à un néologisme entré aujourd’hui dans le langage courant : le kindokisme. Tiré du lingala « ndoki », il désigne les démons et sorciers accusés de nuire aux personnes de bonne volonté, tout en travaillant au service de Satan en aidant ceux qui acceptent de pactiser avec eux.

Dans un pays où la population est l’une des plus pauvres au monde, le recours à la sorcellerie et à la divination est souvent présenté par les charlatans comme la seule voie vers le succès, la réussite et la richesse matérielle. Ainsi, l’extrême pauvreté de certains Congolais les pousse presque instinctivement à la consultation des « ngangas ».

Si le christianisme, majoritaire en RDC, reconnait bien l’existence du Diable, les adeptes de certaines des églises évangélistes en vogue dans le pays, semblent lui conférer un pouvoir et une importance telles que les pasteurs n’ont désormais plus aucun mal à exploiter la faiblesse spirituelle de leurs ouailles. A travers des séances d’exorcisme plus abracadabrantesques les unes que les autres, en public, toujours, spectacle oblige, les hommes d’église « délivrent » à tour de bras les âmes habitées par le Malin, ou les corps frappés par la maladie. Accusés par de nombreuses associations de surfer sur la peur du kindokisme pour se remplir les poches, ces pasteurs ont bel et bien contribué à ruiner les Congolais socialement comme financièrement.

Avec la chasse aux « enfants-sorciers », c’est le monde entier qui a découvert avec horreur les travers et les maux du phénomène. Accusant parfois leurs propres enfants d’être responsables de leurs malheurs et de leur malchance, certains parents n’hésitent pas à les mettre à la rue, ou à les soumettre à de violents rituels d’exorcisme, parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Selon l’UNICEF, sur les près de 3200 enfants des rues de Lubumbashi, plus de 50% sont accusés de sorcellerie. Là aussi, les pasteurs évangélistes sont pointés du doigt : « Ton enfant est de mauvais augure », « Ton fils a le malheur en lui », répondent-ils à certains de leurs adeptes fanatisés venant leur demander conseil.

Preuve que tout ce qui touche au kindokisme reste encore hors du contrôle des autorités et de la justice : l’année dernière ce sont 3 « sorcières » présumées qui ont été sauvagement assassinées dans la Province Orientale, accusées par un féticheur d’être les responsables de la mort d’une jeune femme, atteinte d’une longue maladie. Se faisant justice eux-mêmes, famille et proche de la victime ont ainsi appliqué leur sentence aux 3 accusées, dont l’une aura été décapitée.

D’un point de vue économique, ce fléau cause également un tort non négligeable au pays, puisque de nombreux Congolais de la diaspora, ou enfants d’immigrés Congolais en Europe et aux Etats-Unis, vont jusqu’à renoncer à leurs projets en faveur de la RDC, craignant de voir leur retour en Afrique dévasté par l’oeuvre des ndokis. Même à des milliers de kilomètres, les enfants du pays sont parfaitement au fait du mal causé, et par la sorcellerie, et par la prétendue prévention contre celle-ci, au point de préférer freiner leurs ardeurs d’investissement sur la terre de leurs parents.

Appels aux démons, sortilèges et culte des esprits ont presque toujours été présents dans l’Histoire Congolaise, s’adaptant aux évolutions sociétales, économiques, et même à la mondialisation, comme le démontrent les séances de « délivrance » importées des Etats-Unis par les pasteurs évangélistes. En islam, nous reconnaissons l’existence de forces sataniques oeuvrant pour la destruction spirituelle et la dépravation morale de l’humanité, tout en étant convaincus que le Coran et qu’un attachement sincère aux commandements divins suffisent à combattre le mal, sans recourir aux soins d’un charlatan, ni attribuer le moindre malheur qui nous frappe à la bonne volonté d’un quelconque sorcier.

En effet, une large batterie de protections apparaît dans les Textes pour faire face et combattre le mauvais oeil, la jalousie de l’envieux, et la sorcellerie gratuite et délibérée. Cependant, et assez paradoxalement, les musulmans du Congo restent encore prisonniers d’un cliché largement répandu, les associant au maraboutisme ouest-africain des ressortissants sénégalo-maliens installés en RDC.

Pour en finir avec ce phénomène, en bonne place sur la liste des problématiques empêchant encore le Congo d’avancer, l’éducation semble faire grandement défaut à toutes les échelles de la société. Instruire, expliquer dès le plus jeune âge, inculquer une base spirituelle solide, un bagage culturel confortable et offrir un regard ouvert sur le monde, sont autant de défis à côté desquels passent encore beaucoup trop de Congolais pour espérer juguler le problème.

Présent dans la musique, le monde des affaires, la politique, le sport, mais gangrenant aussi les plus petites gens des villes et des villages, le problème du kindokisme doit être pris à bras le corps par les autorités religieuses de toute la République Démocratique du Congo, mais il doit surtout éveiller la conscience des politiques, qui devront se poser la question de légiférer fermement sur contre ce fléau, et pour une évolution concrète de la mentalité Congolaise sur ce sujet.

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