Joseph-Kabila-et-Moïse-KATUMBI

A un an de l’élection présidentielle en République Démocratique du Congo, et dans un contexte politique particulièrement tendu, activistes, hommes politiques, associations et membres de la société civile sont sur le pont. La communauté musulmane, quant à elle, se distingue par sa discrétion et sa prudence face aux événements. Explications.

Que ça soit sur les réseaux sociaux ou dans les mosquées, les musulmans congolais se veulent particulièrement discrets dans le contexte si particulier que traverse la RDC. Alors qu’un grand nombre de compatriotes protestent contre ce qu’ils interprètent comme des tentatives de glissement du président Kabila et de son camp pour se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat, la communauté musulmane se veut mesurée.

Silence total sur les réseaux sociaux

Sur Facebook et Twitter, on évite les sujet politiques ainsi que tous les thèmes perçus comme vecteurs de division entre les congolais. C’est pourquoi les musulmans présents sur la toile ne justifient leur présence que par une seule motivation : religieuse, et uniquement religieuse. Quasiment aucune référence à l’actualité politique, hormis le partage d’articles faisant état de la situation, ou quelques retweets, sans qu’on sache vraiment si ceux-ci valent validation ou dénonciation. Sur les réseaux sociaux, où ils sont très présents, les congolais d’obédience musulmane prêchent l’islam, participent à des débats religieux, commentent les performances des Léopards, mais évitent avec le plus grand soin discussions et échanges d’ordre politique.

Tensions avec le gouvernement

Ce comportement, s’il traduit la neutralité traditionnelle des musulmans dans les différentes agitations politiques touchant la RDC, résulte aussi de relations difficiles avec le pouvoir en place. En effet, lors de la nomination de la deuxième équipe gouvernementale autour du Premier Ministre Matata Ponyo, en hiver dernier, la COMICO (communauté islamique au Congo) avait vivement protesté contre l’absence de musulmans au sein d’un gouvernement qu’elle estime avoir aidé à constituer.

Autre sujet de tensions, le manque de représentativité dénoncé par les musulmans dans les hautes sphères de l’Etat, mais aussi dans les institutions de la République Démocratique du Congo. Ainsi, les représentants de la COMICO continuent de réclamer la reconnaissance officielle, de la part de l’Etat, des deux grandes fêtes musulmanes de l’Aïd.

Katumbi prêt à écouter les Musulmans ?

A propos de la fête de l’Aïd, Moïse Katumbi, juste après avoir claqué la porte de la majorité présidentielle, n’avait pas manqué l’occasion, via Twitter, de formuler ses voeux à l’attention des musulmans du Congo pour l’Aïd Al-Adhâ. L’ex gouverneur du Katanga se distinguait ainsi du président Kabila, du Premier Ministre Matata-Ponyo et du Président de l’Assemblée Nationale, Aubin Minaku, puisqu’aucun des trois hommes forts de la RDC n’avait entrepris pareille démarche à l’égard des musulmans congolais.

Pressenti pour se lancer dans la course à la présidentielle, Moïse Katumbi a lancé un appel à l’unité lorsque nous l’avons interrogé sur la non-reconnaissance des fêtes musulmanes en RDC. « Nous prions le même Dieu, le plus important est l’Amour du prochain et de notre pays. Soyons unis », avait-il déclaré.

DKM Katumbi

En attendant, dans les mosquées du pays, le discours est le même : on appelle à la patience, à l’unité et à la paix, et les imams s’efforcent à inviter les fidèles à ne pas réagir aux événements en suivant leurs émotions premières. C’est dans cet ordre d’idées que lors de la dernière cérémonie de l’Aïd, le Cheikh Ali Mwinyi mettait en garde la classe politique congolaise : « Ne faites pas couler le sang des congolais ! »

Pour l’heure, le message d’apaisement délivré dans les mosquées est parfaitement reçu par une communauté musulmane qui a d’ores et déjà identifié son plus grand ennemi; la division.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *