Ruines d'une ancienne structure arabo-swahilie à Kasongo
Ruines d’une ancienne structure arabo-swahilie à Kasongo

C’est l’une des seules villes de la République Démocratique du Congo où les habitants musulmans sont majoritaires par rapport à leurs semblables chrétiens. A Kasongo, l’islam est ancré dans le paysage et dans les moeurs depuis plus d’un siècle déjà. Explications.

Dans l’ancienne province du Maniema (Tshopo), située au centre Est de la RDC, l’axe Kindu/ Kasongo a toujours représenté une sorte de capitale islamique de l’ensemble du territoire congolais. Très majoritairement chrétien, le Congo voit en effet cette région fortement dominée par la religion musulmane qui y est présente depuis la fin du 19ème siècle.

Vers 1860, les commerçants arabo-swahilis venus de Zanzibar s’établissent dans le Maniema (« jungle » en dialecte kibangubangu) et y bâtissent les premières cités sur le modèle de leurs origines omanaises. A Kindu et ses alentours, ils installent plusieurs sites de transit pour le commerce d’ivoire et d’esclaves, puis implantent peu à peu la culture Swahilie et son mode de vie, son style vestimentaire, son architecture et sa religion musulmane.

L’apparition de l’islam dans le Maniema poussera le Monseigneur Victor Roelens, premier évêque du Vicariat Apostolique du Haut Congo, à envoyer des missionnaires dans la région pour fonder la mission de Kasongo et y combattre la religion musulmane en freinant son essor; en vain.

Pendant la colonisation belge, les quartiers des descendants des arabo-swahilis s’organisaient autour du prosélytisme islamique, avec un mode de gouvernance  fondé sur le Coran et les tribunaux islamiques.

Aujourd’hui, l’héritage islamique y est tel que les différentes missions catholiques et évangéliques qui s’y sont succédé depuis cent ans s’y sont toutes cassées les dents. Même les églises de réveil, qui poussent pourtant comme des champignons en RDC, peinent à s’implanter durablement dans ce secteur acquis à l’islam. Le puissant Diocèse de Kindu, soucieux de coexister pacifiquement avec les musulmans, se contente de s’assurer que les différentes communautés locales cohabitent dans de bonnes conditions, ce qui est le cas.

C’est que les gens du Maniema ont leur fierté, leur personnalité propre, qui dénote avec ce que l’on peut apercevoir ailleurs dans le pays. Ainsi, dans son journal tenu lors de son voyage à Kindu et Kasongo, un contributeur du site belge ArticleQuinze explique l’appréhension qu’était la sienne avant de se rendre dans le secteur : « Mes collègues me disaient: « Les gens du Maniema, ils ne sont pas commodes : personne ne veut porter ta valise quand tu arrives à l’aéroport ! »

« Malgré tout, c’est la domination de l’islam qui saute aux yeux à Kasongo, écrit-il encore. La grande école de la ville a été financée par un fonds islamique et les tenues (coiffes traditionnelle sur les têtes des hommes et voiles sur celles des femmes) ne laissent pas vraiment de doutes. »

De sensibilité Chaféite, les musulmans de Kasongo vivent en harmonie avec les chrétiens de la province, et aucune tension, ni conflit motivé par la religion de l’autre n’est aujourd’hui à déplorer dans la région. Ainsi, nombreuses sont les familles mixtes faites de mariages inter-religieux ou de conversions d’une religion à une autre, le tout dans une tolérance rare, accentuant le sentiment d’appartenance familiale au sein de communautés où les différences religieuses ne constituent pas des frontières.

Aujourd’hui, de nombreux musulmans originaires de Kasongo ou de Kindu sont encore en mesure d’identifier leurs arrières grands-pères comme des arabo-swahilis, et parfois même comme des compagnons de route du célèbre Hamed bin Mohammed el Marjebi, dit Tippo Tip.

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