Musulmans rencontrent Kabila

Sunnites, chiites, ahmadiyya,… la communauté musulmane, minoritaire en République Démocratique du Congo, est une mosaïque confessionnelle au sein d’un corps spirituel qui compte dans la société congolaise.

Largement dominée par la majorité sunnite, la communauté musulmane en RDC comporte en son sein deux principales minorités bien distinctes : les chiites, de plus en plus nombreux, et les Ahmadiyya, solidement implantés dans le paysage islamique congolais.

La RDC dominée par l’islam sunnite.

A l’image de la communauté musulmane mondiale, ce sont les sunnites qui peuplent à une majorité écrasante la République Démocratique du Congo. Institutions, mosquées, écoles, associations, cliniques,… tous les organismes contribuant à l’épanouissement des musulmans à l’échelle locale sont détenus par les sunnites. La communauté islamique du Congo (COMICO), interlocutrice privilégiée de l’Etat et dirigée par le Cheikh Ali Mwinyi, est d’ailleurs intégralement composée par des musulmans sunnites.

Ces derniers, fidèles à tous les successeurs (califes) du Prophète Muhammed (paix et bénédictions d’Allâh sur lui) ainsi qu’aux aux membres de sa famille (Ahul-Bayt), se sont implantés dans le pays au milieu du XIXème siècle par le biais des caravaniers arabo-swahilis qui peuplèrent l’est du Congo. Ceux-ci ont légué à leurs descendants la pratique d’un islam basé sur l’école de jurisprudence chaféite.

Avec l’immigration ouest-africaine, vers la fin des années 1970, l’école de jurisprudence malikite est peu à peu apparue à Kinshasa, avant la poussée du hanbalisme, dans les années 1990, boosté par l’implantation de prédicateurs venus des pays du Golfe, ainsi que par l’apparition d’ouvrages islamiques en provenance d’Arabie Saoudite.

Aujourd’hui, l’islam sunnite est le courant le plus propagé dans le pays, et de nombreux prédicateurs, s’ils cherchent à contrer l’avancée des églises de réveil, essaient également de réduire l’influence d’autres courants minoritaires au sein de l’islam congolais.

La secte Ahmadiyyah.

Considérée comme une secte, la communauté Ahmadiyyah s’est dotée d’instances et de structures telles qu’elle entend désormais être reconnue comme une interlocutrice incontournable dans les affaires de la communauté musulmane de la RDC. Dirigée par l’émir Jama’at Sahib Choudhry Naeem Ahmad Bajwa, la communauté ahmadiyya en RDC (COMACO) évolue quelque peu en autarcie, à l’écart de la majorité sunnite du pays. C’est que le dogme de cette confrérie est vivement combattu.

Au XIXème siècle, le fondateur de l’ahmadisme en Inde, Mirza Ghulam Ahmad, prétendait être envoyé par Dieu pour réformer l’islam en tant que guide de la communauté musulmane mondiale. Il s’agit là d’une doctrine allant à l’encontre de l’islam orthodoxe, qui considère le Prophète Muhammed (paix et bénédictions d’Allâh sur lui) comme le dernier prophète envoyé à l’humanité. Aujourd’hui, ce mouvement est considéré comme déviant et hérétique par la majorité des musulmans, et le parlement Pakistanais l’a même déclaré « non musulman » dès 1974.

En République Démocratique du Congo, environ 15% des musulmans se réclament de la confrérie ahmadiyyah, et cette communauté repose essentiellement sur les dons de ses fidèles ainsi que sur la solidarité internationale, notamment indienne. En outre, de nombreux prédicateurs francophones, en provenance d’Inde, du Bengladesh ou du Pakistan, se succèdent régulièrement au Congo pour favoriser l’essor de cet islam relativement marginal.

La communauté chiite.

Encore plus marginal en RDC, l’islam chiite connaît une lente progression malgré les nombreux efforts consentis par les imams et étudiants de cette minorité au sein de l’islam congolais. Apparu dans les années 1980 au Congo, l’islam chiite a été importé par des ressortissants libanais et pakistanais, avant que des congolais eux-mêmes ne réalisent des voyages vers l’Iran ou la Syrie afin d’acquérir les formations en l’enseignement nécessaires, dans l’espoir de rattraper leur retard sur des sunnites déjà confortablement installés dans le pays.

Organisés aujourd’hui sous la bannière de l’Assemblée Islamique des Ahlul Bayt au Congo (A.I.A.C), les chiites congolais sont dirigés par Cheikh Issa Mbaki Nkusu, qui a suivi sa formation en terre iranienne.

chiites RDC

Le chiisme, qui se réclame de la lignée directe de la famille du Prophète Muhammed (Ahul-Bayt), rejette les califes orthodoxes reconnus par le sunnisme, et voit en Ali (le cousin du Prophète) son seul successeur légitime. Leur croyance est également établie sur le suivi des 12 imams apparus après la mort de Muhammed. A l’image des Ahmadiyyah, le chiisme est considéré par les sunnites comme une secte hérétique au dogme dévoyé.

En RDC, la communauté chiite représente environ 10% de la population musulmane congolaise.

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