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Dar Es Salaam, capitale de la Tanzanie

Qu’est-ce que le salafisme ? Présent de manière éparse en République Démocratique du Congo, il n’y suscite aucune crainte particulière. Fraîchement installé en Tanzanie pour ses études, un jeune salafi (ou salafiste) d’origine congolaise a accepté de lever le voile sur ce courant de pensée qui interroge.

Il s’appelle Ahmad Ali Mubiayi. Ce jeune célibataire âgé de 20 ans a décidé de s’établir temporairement en Tanzanie pour se consacrer à la théologie islamique et à l’étude des religions comparées. Acquérir le savoir, c’est le maître-mot chez les salafis, et notre jeune congolais ne déroge pas à la règle. « J’ai quitté la RD Congo car mon souhait était de faire la théologie au niveau international bien que j’aie fait mes premiers pas dans la théologie en RD Congo » explique-t-il.

« Accueilli fraternellement par mes frères tanzaniens ».

Alors que la communauté musulmane avoisine les 10% en RDC, Ahmad a pu découvrir de l’autre côté de la frontière des musulmans fortement implantés dans un pays où ils représentent près de 40% de la population. Un fait marquant pour le jeune congolais : l’accueil qui lui a été réservé par les tanzaniens lorsqu’il est arrivé sur leurs terres il y a près de deux mois. « Ici la population est musulmane et très pratiquante, avec des gens qui suivent le Noble Coran et la Sunnah (la voie, la tradition prophétique, ndlr). Dans la capitale de Dar Es Salaam où je suis installé il y a plus de 1 500 mosquées, alors que la RD Congo n’est pas encore arrivée sur cette échelle, compare-t-il. J’ai été accueilli fraternellement, vraiment,… les mots me manquent pour exprimer la générosité des frères tanzaniens… »

Arrivé en provenance de la ville de Kananga, dans l’ex-province du Kasaï Occidental, Ahmad Ali Mubiayi n’envisage pas de rentrer en RDC avant d’avoir emmagasiné les connaissances qui lui permettront de transmettre à son tour le message islamique au pays. Il explique : « La théologie est un océan où l’on puise à son gré. Quant à moi je ne suis pas prêt de rentrer en RD Congo tant que je suis encore assoiffé par cet objectif. In sha Allah j’espère apporter un plus dans le futur à la RD Congo sur le plan théologique au terme de mes études. »

« Le salafisme se désavoue du terrorisme ».

Mais pourquoi le salafisme ? Et pourquoi, au risque d’alimenter les amalgames dans un contexte international si tendu, persister à s’auto-désigner par un qualificatif si sulfureux ? Tout en assurant que le salafisme se désavouait du terrorisme djihadiste, le jeune homme nous a donné sa définition de son courant de pensée.

« Un salafi c’est celui qui suit les pas des compagnons du Prophète et des pieux prédécesseurs (les trois premières générations de musulmans, ndlr) qui sont bien enracinés dans le Noble Coran et la Sunnah. C’est en cela aussi que le salafisme se désavoue du terrorisme et dénonce les fauteurs de corruption et de désordre sur terre, explique Ahmad, tout en réfutant l’idée d’abandonner cette appellation, histoire de mieux se démarquer de ceux qui sont vus comme des « égarés ».

« S’appeler simplement musulman ne suffit plus, surtout en cette époque où celui qui veut rester ferme sur sa religion est similaire à quelqu’un ayant une braise de feu dans la paume de sa main, analyse-t-il, en référence à la difficulté ressentie par certaines tendances d’observer l’islam à la lettre à notre époque. Les innovateurs, les gens de passions, les terroristes … tous ces gens s’appellent musulmans mais ils ne sont ni sur le Coran ni sur la Sunnah au regard de leurs actes. Donc si on est appelés salafis c’est pour se distinguer d’eux », justifie-t-il.

Pour le jeune homme, si les salafis sont à ce point montrés du doigt, c’est parce qu’ils sont les seuls à se dresser « contre les innovations » et à ne « dire que la vérité ». Une posture souvent jugée sélective, voire discriminatoire au sein de la communauté, et qui leur est aujourd’hui reprochée par une large partie des musulmans.

Apolitique mais rêvant d’une RD Congo moralement « plus islamique », c’est avec aplomb qu’Ahmad Ali Mubiayi justifie bec et ongles son attachement à une mouvance qui a toujours suscité le débat, au sein même de la communauté musulmane à l’échelle mondiale.

En République Démocratique du Congo, les musulmans qui s’affilient au salafisme ne forment qu’une petite minorité et connaissent une expansion relativement modérée.

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