Mosquée As-Salâm. Commune de Kamalondo (Lubumbashi)
Mosquée As-Salâm. Commune de Kamalondo (Lubumbashi)

Réunion hebdomadaire des musulmans du monde entier, le Jumu’ah (ou Djoumoua, vendredi en arabe) est scrupuleusement respecté par l’importante communauté musulmane implantée à Lubumbashi.

Commune de Kamalondo, il est midi. Sur l’avenue de la mosquée As-Salâm, les djellabas blanches et les kofias des hommes accompagnent les voiles colorés des femmes au sein d’une foule mixte qui ne sera séparée qu’à l’entrée du lieu de culte. L’imam n’est pas encore là. Le temps pour les fidèles d’accomplir deux unités de prière pour marquer leur entrée dans la mosquée, avant de prendre place dans les espaces vides, de plus en plus rares, qu’offre la salle de prière. On se salue, on discute par chuchotements, les chapelets sont égrainés avec énergie et les lèvres murmurent machinalement des invocations de circonstance. Depuis l’espace réservé aux femmes, quelques pleurs d’enfants viennent perturber un calme qui ne s’installera que de manière soudaine, avec l’apparition de l’imam sur son minbar.

Cheikh Djedji Koita. La bonne soixantaine, d’origine ouest-africaine, tout de blanc vêtu, va exhorter pendant plus d’une demi-heure, bâton à la main et la voix rauque, des fidèles attentifs et imperturbables. Dans un arabe parfait, avec un ton volontiers agressif, l’imam va longuement insister sur l’importance de dédier ses actes d’adoration à Allâh Seul, redéfinissant en détail la signification de l’attestation de foi musulmane : « Il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allâh, et Muhammed est le Messager et le Serviteur d’Allâh ». Le sermon sera spirituel, et rien que spirituel. Sur les terres d’un Moïse Katumbi qui aura toujours été aux petits soins pour la communauté musulmane du Katanga, la popularité de l’ancien gouverneur est intacte. Engagé dans une lutte contre le pouvoir actuel, l’homme d’affaires est soutenu par les musulmans dans leur grande majorité, mais ni son nom, si sa situation ne seront évoqués par Cheikh Djedji Koita ce jour là. Trop risqué. Mais les langues pourraient se délier en fonction de la tournure que prendront les événements dans le pays.

Le discours terminé, place à la prière, elle sera courte. Après avoir rechargé leurs batteries spirituelles, les fidèles s’éparpillent vers les sorties de la mosquée, et des attroupements se forment à l’entrée de l’établissement, là où vendeurs de kofias, de siwaks, de livres et de vêtements islamiques se sont installés. Accolades, poignées de main, conversations enjouées, sourires, on prend des nouvelles des uns et des autres, avant que la foule ne se disperse peu à peu, histoire de renouer avec une vie extérieure mise en suspens pendant un peu plus d’une heure. Une fois le Jumu’ah accompli, nombreux sont ceux qui doivent reprendre le travail; le vendredi n’étant pas férié dans le pays laïc qu’est la République Démocratique du Congo, et il faut parfois négocier dur avec son patron pour se le voir accordé.

La vie reprend donc son cours dans la deuxième ville du pays, les musulmans regagnent leurs foyers, retrouvent leurs collègues de cabinet, de chantier, de négoce, ou réintègrent leurs entreprises, pour continuer à faire fonctionner la deuxième ville du pays, au sein de laquelle ils sont parfaitement intégrés et respectés depuis plus d’un siècle maintenant. La semaine prochaine, la même routine prendra place, la même revivification des coeurs aura lieu, les mêmes scènes se reproduiront, seul le discours de l’imam changera.

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