Luanda

Il y a deux ans, des rumeurs, toutes infondées, faisaient état d’une interdiction officielle de l’islam en Angola. Si l’information est bien fausse, le malaise des musulmans angolais est quant à lui bien réel.

Avec 100 000 musulmans environ sur son sol, l’Angola ne reconnaît pas l’islam comme religion officielle. Cependant, contrairement aux rumeurs qui ont fleuri dans les médias et réseaux sociaux à l’automne 2013, la pratique de la religion musulmane n’est nullement interdite dans ce pays. A l’époque, un projet visant à interdire les sectes ainsi que la destruction de certains quartiers d’opposants à Luanda, où se trouvait notamment une mosquée, avaient provoqué des rumeurs largement répandues sur la mise en place d’une islamophobie d’Etat.

Face à la domination du christianisme (95% de la population), la minorité musulmane, principalement localisée dans la capitale, Luanda, se sent aujourd’hui stigmatisée et peu considérée. Si la construction de mosquées est tout à fait permise par l’Etat, sous réserve de respect des normes urbaines, et ne fait pas l’objet d’obstructions légales notoires, les musulmans angolais, mais aussi les immigrés d’obédience musulmane, peinent à vivre leur islam au quotidien au sein d’une société qui leur est généralement hostile.

« Nos frères ouest-africains ne sont pas très bien acceptés, mais nous, les autochtones musulmans, nous sommes également ciblés, explique Hassan, un jeune musulman de Luanda. Par exemple, nous avons encore des difficultés à obtenir des carrés musulmans dans les cimetières, nos soeurs, qu’elles portent le hijab ou pas, se font harceler, et il n’y a aucune madrassa dans la capitale. De manière générale, on ne se sent pas respectés. »

Dans ce pays où l’islam demeure relativement méconnu, toute personne d’obédience musulmane est systématiquement assimilée à un étranger. Pourtant, cette religion continue de progresser en Angola, et son nombre d’adeptes n’a jamais sembler fléchir malgré les brimades et le sentiment de stigmatisation ressenti par les musulmans.

« En tant que musulmans, nous sommes presque automatiquement considérés comme des étrangers, explique Hassan. Notre chance, c’est que de nombreux angolais, c’est à dire des personnes issues des ethnies purement angolaises, sont également en train d’embrasser l’islam. Mais de manière générale, nous avons droit à des remarques xénophobes dans notre propre pays : on nous qualifie d’arabes par exemple ».

Un climat de suspicion qui se traduit, selon Hassan, par la présence d’agents de renseignements angolais, mais également étrangers, au sein même des mosquées de la capitale. Le jeune homme dénonce la méfiance suscitée par une communauté ultra-minoritaire dans le pays et injustement ciblée à ses yeux :

« Dans nos mosquées, nous savons qu’il y a des sortes d’espions de la CIA, qui surveillent l’évolution de l’islam chez nous, avance-t-il. Nous sommes montrés du doigt de manière vraiment abusive, et cela est ancré dans les moeurs de notre société, malheureusement. »

Ces mosquées angolaises, elles sont animées par des musulmans locaux, mais également par des imams lingalophones originaires de la République Démocratique du Congo voisine. Les religieux qui officient en Angola ont pour la plupart d’entre eux été formés dans des pays comme la Tanzanie, le Mozambique, l’Egypte, la Jordanie, ou encore l’Arabie Saoudite, qui a formulé la volonté de favoriser l’essor de l’islam en Angola.

En étant plus nombreux, mieux organisés, et en ayant plus de poids dans la société angolaise, les musulmans du pays pourront peut-être mieux communiquer sur leur religion, favoriser le dialogue et mieux se faire entendre, afin de sortir peu à peu de la méfiance et de la stigmatisation dont ils font l’objet en Angola.

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