Lekaka AbdoulMadjid Bokungu
Cheikh Ibrahim Lekaka, Docteur AbdoulMadjid et Cheikh Daouda Bokungu lors de la campagne islamique à Gemena (Equateur)

Face à la peur, et parfois même la haine de l’islam en République Démocratique du Congo, les musulmans ont toujours entretenu une culture du dialogue et de la sensibilisation, qui pourrait finir par porter ses fruits.

Boko Haram et les Shabaab somaliens ne les ont pas aidés. Alors que la peur suscitée par l’islam en RDC était jusque là motivée par la situation au Moyen-Orient ou en Afghanistan, ainsi que par un terrorisme mondial incarné par des groupes d’origine arabe (Al Qaïda, AQMI, Etat Islamique), les congolais se sont découvert un épouvantail beaucoup plus proche d’eux. Noirs et africains comme eux, actifs dans des zones pas si éloignées que cela du Congo, Boko Haram et les Shabaab représentent un visage moins « étranger » du terrorisme islamiste, et alimentent le rejet de congolais craignant de voir le phénomène débarquer sur leur sol. Semant la terreur sur le territoire de Beni et souvent désignés comme un groupe islamiste, les ADF peinent encore à entrer dans la conscience collective congolaise comme véritablement liés à la religion musulmane; fort heureusement.

Face à cette actualité internationale, il n’est pas rare d’entendre certains pasteurs de Kinshasa mettre en garde contre l’islam, une religion « de terroristes assoiffés de sang, qui menacent le Congo ». C’est ce genre de discours que reprennent la plupart du temps les détracteurs de la religion musulmane en RDC, se référant volontiers à ce qu’ils voient sur les chaînes d’information pour justifier leur haine d’une religion qui connaît une progression constante dans le pays. Autrefois accusée d’être une religion « d’étrangers », de « marabouts », voilà l’islam aujourd’hui assimilée à une idéologie de guerre, de terreur et de mort.

Depuis des années déjà, les musulmans de la République Démocratique du Congo ont appris à répondre à la haine et à la peur par bien des initiatives, personnelles ou collectives. Dialoguer, discuter, présenter l’islam, l’exposer, sensibiliser sur le message du Coran, telles sont les démarches qu’affectionnent particulièrement les religieux musulmans du pays, qui encouragent l’ensemble des fidèles à prendre le temps d’expliquer la réalité de leur foi à leur compatriotes. C’est ainsi qu’ont fleuri, à l’initiative des musulmans, les débats inter-religieux tenus sur la place publique, au cours desquels chrétiens et musulmans confrontent leurs croyances respectives. Sur les réseaux sociaux également, les musulmans de RDC n’hésitent plus à approcher leurs contacts afin d’engager des discussions religieuses dans le but de démystifier certains préjugés sur l’islam. Sur le terrain, de nombreuses associations musulmanes lient le geste à la parole, en se montrant actives dans le social et l’humanitaire en venant en aide aux plus démunis sans distinction de religion.

Dans certains quartiers à travers le pays, certains congolais ont vu leurs peurs, leurs a priori, vaincus par la réalité du discours des musulmans qu’ils ont pu rencontrer. D’autres, parfois au contact de prédicateurs sillonnant les rues de leurs villes, ont même franchi le pas en embrassant une religion qu’ils détestaient autrefois. Ainsi, face à l’hostilité et au rejet, la communauté musulmane n’entend pas changer de cap dans l’attitude qu’elle a toujours choisi d’adopter, prônant toujours plus de dialogue et d’échange, quelles que soient les circonstances.

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