Badrou
Shaykh Abdallah Bankita et Dr Abdoulmadjid Kasogbia sur le plateau de l’émission KRATOS (1999)

En 1999, grâce au « Débat de la vérité camouflée », le monde entier découvrait la réalité de l’islam en République Démocratique du Congo.

Jusque là, c’était l’image d’un Congo largement évangélisé qui dominait : Les églises de réveil, les confréries pentecôtistes ou évangélistes, leurs longues veillées nocturnes, leurs pasteurs millionnaires, maîtres de cérémonie et faiseurs de miracles face à des fidèles en transe dans des groupes de prière qui poussaient comme des champignons à chaque coin de rue de Kinshasa. De l’islam en RDC, on ne savait pas grand chose, car on n’en montrait presque rien, n’en disait presque rien. En dehors du Congo, si on avait quelque peu entendu parler des caravaniers zanzibarais et de l’islamisation de l’est du pays, on était bien loin d’imaginer que l’islam ait pu s’établir avec foi et fermeté en plein coeur du pays du ndombolo et de la bière Primus.

Mais la vision que l’on se faisait du paysage religieux en République Démocratique du Congo allait enfin changer, en 1999, lorsque les téléspectateurs de l’émission Kratos découvraient les prédicateurs musulmans du groupe Al Badrou, le Shaykh Abdallah Bankita et le tout jeune AbdoulMadjid Kasogbia. Chez les voisins du Congo Brazzaville, les deux hommes allaient profondément marquer les esprits et lancer à travers tout le pays un engouement pour l’appel à l’islam et le dialogue inter-religieux. Étalant leurs connaissances de la Bible face à des contradicteurs issus de plusieurs branches du christianisme, les religieux musulmans portaient aux yeux du monde une culture du dialogue et du débat d’idées qui n’aura fait que se répandre sur l’ensemble du territoire de la RDC. Demandé dans plusieurs pays d’Europe et d’Afrique francophone, réclamé partout dans le monde pour donner des conférences et tenir des séminaires, le docteur AbdoulMadjid Kasogbia sera lui-même surpris de l’impact et des retombées de ses prestations télévisuelles, commercialisés à l’époque sous forme de cassettes vidéo.

Avec Sheikh Khalfani Mulunga, Mwalim Aboubakar Ngweja Salif, Mwalim Hussein Baruani Faray, l’imam AbdAllah Bankita et le Docteur AbdoulMadjid, le groupe Al Badrou réunit des imams et des prêcheurs qui se sont fait une spécialité que d’opposer les points de vue de la Bible, de la Torah et du Coran. Formés au Congo, mais aussi en Tanzanie, au Soudan, en Arabie Saoudite ou en Egypte, ils sont envoyés aux quatre coins de la RDC pour affronter les pasteurs les plus en vue du pays et inviter la population à adhérer au message authentique de l’islam.

Dix-sept ans après, le groupe Al Badrou ne diffuse aujourd’hui plus de vidéos, et c’est à travers des chemins différents, mais pas opposés, que le Docteur AbdoulMadjid Kasogbia et Shaykh Abdallah Bankita ont continué à inviter à l’islam et débattre à l’intérieur du Congo comme en dehors de ses frontières. Dans leur sillage, de nombreux jeunes musulmans congolais ont décidé de se spécialiser dans le domaine des religions comparées, afin de s’aguerrir et de fourbir leurs armes culturelles dans un pays très largement dominé par les chrétiens.

Aujourd’hui, l’islam de la République Démocratique du Congo s’appuie sur un modèle qui lui est propre, basé sur le dialogue, l’échange, et le débat d’idées dans le souci permanent de respecter et de considérer son prochain. Sortie de l’anonymat et exposée au grand jour il y a près de vingts ans, la communauté musulmane congolaise, qui rêve désormais de prendre plus de poids sur le plan médiatique, doit une grande partie de son essor aux immenses travaux réalisés par le groupe Al Badrou, qui aura mis en avant pour la première fois de talentueux érudits en provenance de la RDC.

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