Mosquée Kinshasa 1

En écho à l’actualité politique du pays, certaines mosquées de la République Démocratique du Congo ont repris à leur compte le thème du dialogue national avec un objectif bien précis. Décryptage.

Réclamé par le président de la République Joseph Kabila, le dialogue national, sensé jeter les bases d’un processus électoral démocratique et apaisé, est perçu par bon nombre de congolais comme un subterfuge pour compliquer, voire anéantir, les espoirs de voir le scrutin présidentiel de la fin 2016 se tenir dans de bonnes conditions. Sur ce sujet, la communauté musulmane, loin de parler d’une seule voix, compte en son sein aussi bien des sympathisants de la démarche de Kabila que des opposants.

Profitant de l’initiative du chef de l’Etat, placardée dans tous les centre-villes congolais, les imams sont de plus en plus nombreux à exploiter la thématique du dialogue, aussi bien dans leurs sermons hebdomadaires du vendredi que dans les conférences régulières organisées dans les mosquées. Pas question pour autant pour les religieux musulmans de prendre officiellement et publiquement partie dans les affaires politiques du pays, bien au contraire. Le dialogue, tel qu’il est envisagé par les imams, est tout d’abord l’occasion de montrer à l’ensemble de la nation congolaise que sa minorité musulmane est pleinement concernée par les problématiques qui touchent et questionnent le pays. C’est ainsi que le mois dernier, l’Association d’Assistance Charitable en RD Congo (AACRD Congo) devait modifier au dernier moment son ordre du jour, sur demande insistante des participants, pour finalement consacrer sa conférence à N’djili (Kinshasa) au thème du « dialogue en islam ».

Une minorité musulmane concernée par les défis nationaux, donc, mais qui a également un message à faire passer à travers ce fameux dialogue, qui est d’ailleurs une notion centrale d’un point de vue purement islamique. Ce message ? Ne pas faire de la situation politique actuelle, particulièrement tendue, un motif de division entre les congolais, ni un prétexte pour revendiquer quoique ce soit qui puisse causer une fracture au sein de la société congolaise. C’est ce que s’est évertué à rappeler le Cheikh Ali Mwinyi, représentant légal de la communauté islamique en RD Congo (COMICO) la semaine dernière à Kisangani (Tshopo). Présent à la séance de clôture de la session ordinaire de l’entité islamique de la province de Tshopo, le leader religieux a prononcé un discours en faveur du « dialogue, en se fixant comme priorité l’intérêt national ». Discuter de la situation, en débattre en famille, entre amis, entre voisins, sans que cela n’engendre ni scissions ni inimitiés, telle est la hantise du Cheikh, qui répète à qui veut l’entendre que c’est avant tout de l’intérêt de l’ensemble des congolais qu’il s’agit.

Mais à travers le dialogue, les musulmans ont aussi un objectif beaucoup plus axé sur le spirituel et les échanges inter-religieux en République Démocratique du Congo. En effet, les imams encouragent de plus en plus les membres de la communauté musulmane à sensibiliser les congolais d’autres confessions sur la question islamique, à prêcher le message coranique dans un climat apaisé, et à s’initier au débat d’idées pour continuer à vivre en harmonie au sein de l’écrasante majorité chrétienne qui peuple la RDC. Ainsi, si les musulmans, qui composent entre 10 et 15% de la population congolaise, reconnaissent et approuvent le rôle joué par la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) auprès des élites politiques, c’est au sein de la base que la minorité religieuse veut rendre le dialogue naturel, pacifique et fraternel.

Au rythme de l’actualité politique, et à l’approche supposée des échéances électorales, il y a fort à parier que la ligne de conduite dictée à la communauté musulmane sera la même : Préserver l’unité du pays quoiqu’il en coûte sans céder aux sirènes du chaos et de la division.

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