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En République Démocratique du Congo, il est souvent bien difficile de se procurer un livre islamique, et parfois même un Coran. En 2016, les librairies musulmanes dignes de ce nom restent rares dans le pays.

Amertume pour un congolais parisien en visite à Kinshasa face à une situation que déplorent tous les responsables musulmans du pays : Où sont donc les livres ? « Je suis entré dans la mosquée de Limete, il n’y avait pas d’étagères normalement réservées aux livres, pas de bibliothèque rattachée à la mosquée », s’étonne le jeune homme. Bien souvent, les livres dont disposent les mosquées sont le fruit de dons de la part d’associations islamiques étrangères. En liaison avec l’AACRD Congo, basée à Kinshasa, l’association belge Al Ma’oun organise depuis des années maintenant la collecte et l’envoi de livres à destination de la capitale congolaise, une action est d’ailleurs en cours en ce moment même pour réunir les dons qui seront ensuite envoyés en RDC. Mais la présidente de l’ONG belge travaille seule, sur plusieurs opérations, en d’autres termes, elle ne peut pas tout faire. Épaulée et soutenue par l’Arabie Saoudite et les Emirats, l’école Sheikh Hamdan Bin Rashid Al-Maktoum de Lingwala, qui est également une mosquée, fait figure d’exception, si on occulte l’ensemble de la communauté chiite sponsorisée par l’Iran.

« J’ai demandé au muezzin de la mosquée de Limete où étaient les livres de la mosquée », témoigne Abdallah, notre parisien de passage à Kinshasa. « Il s’est dirigé dans une arrière-salle et a étalé devant moi, en vrac, une dizaine de livres sur le hadith et le dogme. Du Al-Albani,  du Ibn Al-‘Uthaymin, Nawawi, et d’autres… insuffisant pour une telle mosquée ! »

Outre les bibliothèques vides dans les mosquées, c’est donc toute la chaîne de l’éducation islamique qui est également touchée. Dans les écoles musulmanes du Congo, les manuels scolaires en langue française font grandement défaut, et là aussi, on compte principalement sur la générosité de donateurs étrangers pour s’approvisionner, un sort qui en voit certains plus ou moins mieux lotis que d’autres. Mais pourquoi une telle dépendance ? Comment en est-on arrivés à se résoudre à un tel assistanat ? Sur le banc des accusés, les instances dirigeantes de la communauté islamique du Congo (COMICO). Au sein même de l’entité, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la désorganisation de la structure et son manque de volonté. C’est ainsi que des chefs de régions islamiques, notamment dans les provinces de l’Est de la République Démocratique du Congo, n’hésitent plus à faire appel à des donateurs et partenaires étrangers pour mener à bien leurs projets éducatifs.

Cette pénurie de livres, qui pénalise l’enseignement dans les mosquées, ne peut même pas être compensée par les librairies islamiques, rarissimes en République Démocratique du Congo. Il y a bien quelques échoppes qui proposent de la littérature islamique, mais rien qui ne puisse réellement être considéré comme des librairies ordonnées, structurées et assez fournies pour proposer de la diversité et de la profondeur aux lecteurs. La communauté libanaise implantée au Congo dispose bien de quelques commerces plus ou moins dédiés aux livres d’apprentissage de la langue arabe, au hadith, ou à l’exégèse du Coran, mais elle ne dispose ni du poids, ni de la puissance nécessaire pour alimenter l’ensemble des musulmans présents là où elle est implantée.

En attendant, comme dans les affaires courantes de leur vie quotidienne, les congolais d’obédience musulmane, déçus des orientations prises par leurs élites, regardent vers l’étranger dans l’espoir de recevoir une aide urgente et spirituellement vitale.

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