Université Bel Campus Faculté Médecine
La faculté de Médecine de Bel Campus à Kinshasa

Désenchantée, la jeunesse de Kinshasa ne croit plus en cet avenir qu’on lui annonçait autrefois radieux en République Démocratique du Congo. Etudiante en médecine, Mariam envisage le futur avec pessimisme.

 

La crise et la misère en République Démocratique du Congo sont telles que la jeunesse n’a plus la force d’espérer ni de croire en quoi que ce soit qui puisse lui faire envisager des lendemains meilleurs. Chômage, bas salaires, pauvreté extrême, le tout ajouté à la situation d’insécurité qui vaut pour l’ensemble du territoire, la corruption, et l’incertitude liée au contexte politique actuel, sont autant de motifs de découragement pour les étudiants congolais. Lancés dans de longues études avec l’espoir d’entretenir un jour leurs familles tout en fondant leurs propres foyers, nombreux sont les jeunes qui déchantent, voire se découragent, année après année.

C’est notamment le cas de Mariam, 21 ans, en 3ème année de médecine à Bel Campus. Musulmane très pratiquante, sa seule satisfaction est de pouvoir conserver son hijab à l’intérieur de l’établissement, mais également à l’hôpital Zainaba du quartier Bon Marché, où elle intervient régulièrement. En dehors de cet avantage vestimentaire, la jeune femme ne voit rien plus rien de motivant dans les études qu’elle suit, même si son rêve a toujours été de devenir médecin.

« J’ai fini les soins infirmiers à l’ISTS, aujourd’hui je suis en médecine à Bel Campus. La situation est vraiment mauvaise au niveau de l’emploi à Kinshasa, même dans le domaine médical, il est très difficile de trouver du travail, explique-t-elle. Dans le cadre de mes études, je travaille un peu à l’hôpital, mais je suis la plupart du temps avec les accoucheuses. Pour ce qui est de l’aspect financier, je n’ai pas de bourse d’études, car pour en avoir une, il faut avoir de l’argent ! Je n’ai pas encore de salaire, je touche seulement une prime de risque de 80 000 francs congolais (environ 77 euros, ndlr). »

Des conditions d’études difficiles, sans aucune aide financière pour les plus défavorisés, qui préparent les jeunes à un monde du travail devenu pour bon nombre d’entre eux inaccessible. Mariam s’y est résigné, elle poursuit ses études comme par défaut pour toucher du doigt un rêve que la réalité en RDC voudrait faire passer pour impossible.

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« Il faut voyager et revenir pour réussir à Kin ».

Comme elle, nombreux sont ces étudiants englués dans un système où seuls les plus riches peuvent espérer décrocher les meilleures opportunités à la fin de leurs études. Car contrairement aux plus pauvres, les étudiants aisés sont presque systématiquement envoyés par leurs parents aux Etats-Unis, en Angleterre ou en France, avant de revenir blindés de diplômes en RDC avec l’assurance d’obtenir un emploi stable.

« Je vis avec mes frères et soeurs. Ma mère est décédée lorsque j’étais plus jeune, et mon père a vieilli, il ne travaille plus et vit maintenant à Lubumbashi, raconte Mariam. Je ne sais pas ce qu’Allâh a prévu pour moi mais mon avenir n’est pas ici à Kin, il faut voyager et revenir pour réussir à Kin. On se sacrifie pour faire des études, on n’étudie pas dans de bonnes conditions, et en récompense, on ne trouve pas de travail alors que les étrangers profitent de ce pays », lance-t-elle, dépitée.

Au lendemain de la journée « ville morte » du 16 février, particulièrement suivie à Kinshasa, l’étudiante ne pense pas que sa situation s’améliorera, même en cas d’alternance à la tête de la République Démocratique du Congo. En matière de politique, elle n’accorde sa confiance en aucun des protagonistes actuels.

« A la base, je voulais devenir médecin pour venir en aide aux malades, mais aussi pour bien gagner ma vie. Moi, les élections, je n’en ai rien à faire, car ces gens n’ont pas de cœur. Notre destin est d’étudier pour apprendre à souffrir après, donc tout ça ne m’inspire rien, on attend seulement de voir ce qu’Allâh a prévu pour nous », conclut la jeune femme.

 Même dans un domaine riche en vocations comme celui de la médecine, la jeunesse est profondément atteinte par le contexte et les conditions défavorables en République Démocratique du Congo. Le secteur médical, de haute importance dans un pays où les maladies tropicales sont souvent mortelles pour les plus démunis, n’est ainsi pas épargné par la crise qui touche actuellement une grande partie de la jeunesse en général, et du monde étudiant en particulier. Pour les remotiver, c’est tout un système, toute une politique qu’il faudra repenser et restructurer, sous peine de perdre une génération talentueuse, ou de voir de nouvelles forces vives mettre leurs compétences au service de pays étrangers.

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