Goma la nuit

Les campagnes islamiques se multiplient à Goma et dans toute la province du Nord-Kivu. Ces offensives prédicatrices répondent à l’activité des organisations évangélistes, mais aussi à celle des sectes à l’intérieur même de la communauté musulmane.

Car c’est bien un double combat que semblent mener les tenants d’un islam sunnite largement majoritaire en République Démocratique du Congo. Tout d’abord, contrer en priorité les missions d’évangélisation, particulièrement bien structurées, des nombreuses associations chrétiennes actives dans la région. Décidées à propager le message de l’islam le plus massivement possible, plusieurs prédicateurs organisent des rencontres, des débats inter-religieux, des visites dans les prisons ainsi que des conférences publiques pour inviter la population chrétienne à embrasser l’islam. Dans le Nord-Kivu, les personnes approchées acceptent le message islamique avec une facilité parfois déconcertante, même si les évangélistes, plus puissants et mieux organisés, tentent de garder la main sur la province. Pris en charge, les nouveaux convertis sont suivis et accompagnés tout au long de leur cheminement spirituel. On leur enseigne les ablutions, la manière de faire la prière, quelques rudiments de langue arabe ainsi que les sourates du Coran les plus courtes.

En dehors des cibles traditionnelles, c’est à dire chrétiennes, la prédication islamique se dirige également vers les adeptes de confréries importées du monde indo-pakistanais : les ahmadiyyah, ou les qadiriyah, nombreux dans le Kivu. Pour un grand nombre de musulmans, en RDC comme dans tout le monde musulman, certaines confréries sont considérées comme déviantes, parfois même totalement dévoyées, au point de voir leurs adhérents invités à l’islam dit « pur », au même titre que les non-musulmans. C’est ainsi qu’au sein-même de la communauté musulmane, la prédication est donc un moyen d’attirer les fidèles vers tel ou tel courant, donnant lieu à des luttes intestines que déplorent les autorités religieuses de toute la région. Minoritaires, les différentes tendances islamiques présentes dans le Nord-Kivu vivent mal la domination d’un islam sunnite dit « orthodoxe » soutenu par les instances de la COMICO. Frustrés par la situation, aucun leader qadiri ni ahmadi n’a souhaité nous livrer son témoignage, nous confiant seulement leur défiance vis-à-vis de la Communauté Islamique du Congo. Loin de baisser les armes, ces confréries participent elles aussi aux efforts de prédication sur le terrain et enregistrent de nombreuses conversions à l’islam dans leurs rangs. Il n’est pas rare que plusieurs groupes de tendances différentes unissent leurs efforts sur certaines campagnes de prédication, mettant leurs divergences de côté au profit de la seule cause islamique.

Appeler les chrétiens à embrasser l’islam, prêcher au sein des courants de pensée minoritaires, mais aussi prévenir la jeunesse de toute forme de radicalisation. C’est là une mission nouvelle, mise au goût du jour par l’activité du groupe armé des ADF-Nalu sur le territoire de Beni, contre lequel les autorités islamiques veulent sensibiliser à tout prix. « Aux côtés des autorités, nous travaillons également auprès des jeunes musulmans, notamment les plus vulnérables, afin qu’ils ne soient pas tentés de rejoindre ce groupe armé qui entache l’image de l’islam et des musulmans », nous expliquait le Shaykh Masudi Kadogo, chef de l’entité islamique du Nord-Kivu. Car tout le malheur des musulmans locaux réside dans le fait que le groupe rebelle d’origine ougandaise s’affilie à l’islam, bien que ni ses agissements, ni ses revendications, inexistantes, ne puissent être liés d’aucune manière que ce soit à la religion musulmane.

Vivante, grouillante d’activité, la ville de Goma est un secteur largement conquis par la prédication islamique. Si le nombre de convertis à l’islam reste difficile à estimer, force est de constater que cette religion gagne du terrain dans la province, en dépit des difficultés internes à la communauté et d’un contexte régional propice aux amalgames et à la confusion. Ces travaux de dialogue et d’échange auront probablement grandement contribué au maintien de l’entente entre les populations de tout le Nord-Kivu. Depuis le début des exactions du groupe ADF-Nalu à l’automne 2014, jamais un seul acte de représailles sur la communauté musulmane locale n’a été à déplorer. Une victoire.

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