Émeutes de janvier 2015 à Kinshasa.

Moins influents sur la vie politique que les hautes instances chrétiennes, les leaders musulmans tentent de faire entendre leur voix pour éviter au pays de plonger dans le chaos.

Car le contexte politique actuel ne prête guère à l’optimisme. Sensé préparer les élections présidentielles de la fin de l’année 2016, le Congo voit ses autorités politiques, de la majorité comme de l’opposition, s’accuser mutuellement de figer une situation potentiellement explosive pour absolument toutes les couches sociales du pays. Si elle a récemment plaidé pour un respect total du calendrier électoral auprès de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), la Communauté Islamique du Congo (COMICO) n’est pas dupe, consciente qu’aucun élément n’est réuni pour que les échéances nationales aient lieu, et donc pour que se tiennent les élections présidentielles à la date initialement prévu.

Face à la cacophonie politique et au flou entourant l’avenir immédiat de la République Démocratique du Congo, les leaders de la communauté musulmane n’ont plus qu’un souci en tête : éviter un soulèvement populaire sanglant sur l’ensemble du territoire congolais. C’est ainsi que depuis plusieurs mois maintenant, s’ils évitent de prendre clairement position dans la vie politique du pays, les imams multiplient les mises en garde, spécialement lors du sermon du vendredi, et appellent les fidèles à garder leur calme face à la situation, à préserver leur propre sécurité ainsi que l’unité de tous les congolais. Des rappels de plus en plus insistants, formulés à travers différents récits islamiques ou certains grands thèmes récurrents dans la vie des mosquées : La fraternité, le bienfait de vivre en sécurité, ou encore, l’interdiction de se rebeller contre le pouvoir en place. Car d’un point de vue islamique, il est hors de question pour le moment de remettre en cause l’autorité présidentielle, qui s’exerce, pour quelques mois encore, dans le cadre du respect de la Constitution.

Les prêches, les exhortations, les prises de position dans les mosquées tournent ainsi toutes autour d’une certaine idée du maintien de l’ordre, avec la crainte de voir se reproduire les manifestations de janvier 2015, réprimées dans le sang. De nombreux imams profitent également des tensions politiques actuelles pour recentrer le débat sur la spiritualité auprès de l’auditoire musulman. Comme pour inviter les fidèles à se détourner de telles préoccupations, ils sont plutôt invités à l’étude du dogme islamique et sa compréhension, ainsi qu’à un retour aux fondamentaux de l’islam.

Si en privé, certains hautes responsables musulmans confient « qu’il est temps que le président parte », la neutralité des religieux les oblige à faire reconnaître les droits de tous, en dépit du contexte politique actuel. Un exercice d’équilibriste qui semble convenir aux imams concernés, car s’ils n’appelleront jamais ouvertement la population à descendre dans la rue pour y risquer sa vie, ils ne signeront pas non plus de chèque en blanc aux autorités politiques pour qu’elles se maintiennent au pouvoir au-delà des délais constitutionnels.

 

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