drapeau carte RDC

Si le nationalisme et le tribalisme exacerbés et aveugles sont réprouvés en islam, les musulmans de la République Démocratique du Congo entretiennent un fort sentiment patriotique que rien ne semble pouvoir refréner.

Longtemps désignés comme « arabisés », les membres de la minorité musulmane de la République Démocratique du Congo ont pourtant toujours manifesté un fort sentiment d’appartenance à la nation congolaise. Une victoire des Léopards, un succès culturel mis en avant sur la scène internationale, un combat pour le respect de la Constitution, ou même une nomination du Docteur Denis Mukwege au Prix Nobel de la Paix, les occasions pour les congolais de manifester leur patriotisme sont nombreuses, et les musulmans y prennent toute leur part.

Cet amour du pays, ce sentiment patriotique, sont largement encouragés par tous les imams du pays, qui veulent voir les fidèles musulmans faire corps avec le reste de la population congolaise. « Nous sommes des musulmans congolais, mais nous sommes des patriotes qui souhaitons aussi contribuer au développement de ce pays, car nous aimons notre pays », nous confiait ainsi le Shaykh Shukurani Byarufu Abdushakur, imam en chef de l’entité islamique de l’Ituri. Dans les régions de l’Est de la République Démocratique du Congo, ce patriotisme s’inscrit notamment dans la lutte contre les groupes armés, congolais ou étrangers, dont les ADF ougandais, qui s’affilient à l’islam. Pour les musulmans congolais, il s’agit de réaffirmer qu’ils sont prêts à défendre leur patrie avant tout et contre n’importe qui, même face à un ennemi qui partage sa propre confession.

Dans d’autres régions, comme au Kongo-Central, le sentiment nationaliste va se manifester à travers la célébration de personnages historiques nationaux d’origine locale, comme c’est le cas pour Simon Kimbangu. Si les musulmans, nombreux à Moanda, se désavouent du culte kimbanguiste construit autour du résistant du Congo Belge, ils l’honorent volontiers comme un héros national, qui aura mené une lutte au nom de l’homme Noir, pour la liberté et l’indépendance du Congo. Cette perception du personnage de Simon Kimbangu, et la dimension patriotique qu’en tirent les musulmans, a été exprimée plusieurs fois en ces termes par le théologien AbdoulMadjid Kasogbia : « Nous avons beaucoup d’estime pour Simon Kimbangu, en tant que nationalistes, patriotes »; pas plus ! Ce sentiment de fierté s’est également construit autour de personnalité comme Patrice Lumumba, Laurent Désiré Kabila, ou encore le Colonel Mamadou Ndala, autant d’hommes qui incarnent aujourd’hui un nationalisme congolais au sein duquel se reconnaissent toutes les confessions religieuses du pays.

Mais c’est aussi de par leur généalogie que les musulmans congolais ont eu tendance à mettre en avant leur attachement à la patrie. Ainsi, nombreux sont les musulmans originaires des anciens territoires contrôlés par les arabo-zanzibarais, aujourd’hui fiers d’être les descendants de personnages profondément ancrés dans l’Histoire du Congo. Enfants d’arrières petits-enfants d’esclaves, de caravaniers arabes ou de marchands d’ivoire, ils sont parfois issus de lignées qui ont bâti et façonné des cités entières, comme c’est le cas dans la province du Maniema. Ainsi, c’est à travers leur histoire personnelle, qui est aussi celle du Congo, qu’ils vivent un sentiment d’appartenance nationale tout à fait naturel.

En dehors des frontières congolaises, on observe au sein de la diaspora, même auprès des générations pourtant nées en Europe, un patriotisme réel, bien que moins affirmé que celui des musulmans du Congo. La raison ? Être musulman d’origine congolaise en Europe, c’est forcément être renvoyé aux danses, aux musiciens, à la sapologie, à la guerre, ainsi qu’à toute une panoplie de clichés et de codes sur les congolais, dont les intéressés ne sont pas forcément fiers. Si, pour fuir ces raccourcis, de nombreux congolais de la diaspora se sont réfugiés derrière d’autres cultures islamiques, certains se réapproprient de plus en plus, timidement, leur Histoire, leurs racines et leurs valeurs, et apprennent à se réconcilier intégralement avec le patriotisme congolais.

En République Démocratique du Congo, la primauté de la nation sur tout mécanisme tribal, ethnique ou confessionnel, a été longue et difficile à faire valoir. Mais les guerres à répétition, ainsi que le climat politique délétère, ne cessent de rappeler aux congolais la nécessité de s’unir autour de l’amour du pays afin d’éviter une implosion identique aux scénarios rwandais, burundais et centrafricain. C’est ainsi que les congolais ont tous décidé de faire corps, les musulmans y compris, et de ne parler que d’une seule voix pour le seul intérêt de la République Démocratique du Congo.

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