AbdoulMadjid Kasogbia

Alors que les chrétiens voient, à travers Pâques, la commémoration de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, les musulmans donnent une toute autre signification à cet événement, comme l’explique le Docteur Abdoulmadjid Kasogbia.

C’est lors de l’émission congolaise Tokundola d’il y a deux ans environ que le théologien a évoqué l’existence d’un équivalant islamique à Pâques, tout en remettant en cause la signification chrétienne actuelle de cette fête, centrale dans le christianisme.

« Pâques a un caractère sacré dans les trois religions se réclamant d’Abraham. Nous aussi, les musulmans, sont célébrons Pâques, mais à travers une signification commune aux juifs, puisqu’il s’agit pour nous du jour où Dieu a sauvé les Enfants d’Israël, conduits par le Prophète Moïse, en leur donnant la victoire sur Pharaon, qui était le représentant des forces invisibles des ténèbres en cette époque, explique le Docteur Abdoulmadjid. C’est une célébration que nous avons en commun avec les juifs, puisqu’ils ont un certain nombre de rituels ce jour-là, et que nous, le Prophète Muhammed nous a demandé de jeûner en commémoration de ce jour victorieux pour les Hébreux. Donc nous, en islam, nous sommes concernés par cet événement, seuls les chrétiens donnent à Pâques un sens étranger aux saintes écritures. »

Pour le théologien congolais, le sens de Pâques tel qu’il est célébré aujourd’hui par les chrétiens puise ses racines dans des doctrines païennes, contraires à l’esprit-même du message avec lequel Jésus a été envoyé de la part de Dieu.

« Avec le christianisme, Pâques a pris une autre signification qui est étrangère à son sens initial. Pour les chrétiens, c’est le jour de la mort expiatoire de Jésus-Christ sur la croix pour le salut de l’humanité. Il y a deux tendances, celle de la mort, puis de la résurrection. Pour eux, c’est lui qui s’est offert en sacrifice expiatoire pour le pardon de nos péchés. Or, Jésus-Christ n’a pas prêché cela, et Dieu ne l’a pas envoyé pour qu’il vienne mourir. C’est un peu comme le dimanche saint pour les chrétiens, qui est d’origine païenne puisque Jésus n’a jamais demandé d’aller à la messe le dimanche, mais c’est l’empereur Constantin qui, comme tous les romains, avait pour habitude d’adorer le soleil ce jour-là. C’est exactement de la même manière que la signification de Pâques a des origines païennes. »

Pour le Docteur Abdoulmadjid Kasogbia, les chrétiens peinent aujourd’hui à déchiffrer le symbolisme et les métaphores prophétiques utilisées par Jésus pour expliquer la voie spirituelle à emprunter.

« Quand vous prenez le chapitre 6 de Jean, où Jésus dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».  Mais est-ce que cela désigne le sang physique ? Si tel était le cas,  Jésus voudrait faire de nous des sorciers et des cannibales ! Sang physique ou sang spirituel ? Quel est le sang que Jésus nous a demandé de boire pour être sauvés ? C’est du symbolisme. Le sang, dans le langage prophétique, veut dire la Parole, car de la même manière que le sang physique donne la vie dans le corps physique, le sang spirituel, qui symbolise la Parole, donne la vie d’un point de vue spirituel. Donc consommer le sang c’est reconnaître Jésus comme Messager de Dieu et lui obéir dans ce qu’il ordonne venant de Dieu pour avoir la vie éternelle. C’est pourquoi il dit dans Jean 5/24: « En vérité, en vérité je vouss le dis, celui qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé aura la vie éternelle ». Il n’a pas dit « celui qui écoute ma parole et croit en ma mort sur la croix aura la vie éternelle ».

En islam, Jésus (‘Issa) est reconnu comme l’un des plus grands messagers de Dieu, envoyé pour appeler son peuple à l’adoration du Dieu unique. Le Coran réfute le statut de divinité attribué à Jésus, de même que son statut de fils de Dieu, tout en démentant sa mort par crucifixion. La Pâque islamique, ou son équivalant, tombe le 10ème jour du premier mois du calendrier lunaire (Muharram), en un jour appelé Achoura.

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