La mosquée As-Salâm, dans la commune de Kamalondo (Lubumbashi)
La mosquée As-Salâm, dans la commune de Kamalondo (Lubumbashi)

S’il s’y est implanté tardivement, l’islam a progressé de façon spectaculaire dans l’ex-Katanga, en faisant aujourd’hui la troisième région la plus importante en terme de population musulmane. Explications.

Jusqu’à l’aube des années 1960, les musulmans congolais étaient rares dans le Katanga, alors dominé par le christianisme des missionnaires belges et l’animisme ancestral. La présence musulmane dans la province était alors due aux nombreux commerçants originaires d’Afrique de l’Ouest, qui se sont installés progressivement à travers tout le Congo sans abandonner leur religion. Venus du Maniema voisin, considéré comme le berceau de l’islam en République Démocratique du Congo, les premiers musulmans congolais se sont à leur tour installés au Katanga après le départ des belges pour y former un groupe confessionnel particulièrement dynamique. Chef de l’entité islamique du Katanga, Shaykh Husseini Ngoy revenait dernièrement sur l’historique de l’islamisation de la province :

« Vers 1959, au Katanga il n’y avait pas encore de congolais musulmans comme tels, si ce n’est peut-être une dizaine, mais il y avait les ouest-africains qui étaient implantés au Katanga, dans la commune de Kamalondo (Lubumbashi). Puis, lorsque Moïse Tshombe est arrivé, et a proclamé l’indépendance du Katanga, il a sollicité ces ouest-africains pour leur donner une parcelle à Kamalondo afin que l’islam puisse exister dans le Katanga, et c’est là qu’a commencé l’Histoire de l’implantation de cette religion dans la province. Tshombe a donné des moyens, et on a construit la première mosquée, celle de Kamalondo, à son l’époque. Et par après, il y a des gens du Maniema qui ont commencé à faire du commerce dans le Katanga, jusqu’à s’y installer, avant que les katangais eux-mêmes commencent à se convertir à l’islam, jusqu’à ce que nous atteignions le nombre de musulmans et de mosquées que nous avons aujourd’hui. »

Avec 255 mosquées dans l’ex-province, pour 45 dans la seule ville de Lubumbashi, la population musulmane du Katanga, estimée à 1 million de fidèles, est l’une des plus importantes de toute la RDC. « En dehors du Maniema et de l’ex-Province Orientale, nous venons en 3ème position en terme de population musulmane », explique Shaykh Husseini Ngoy. Nombreux, mais tout de même minoritaires face aux chrétiens katangais, avec lesquels les rapports ont toujours été au beau fixe. Pour illustrer cette entente, des habitants chrétiens de la ville de Lubumbashi ont reconnu sans peine que l’appel à la prière de l’aube effectuée par le muezzin leur était profitable pour se réveiller et organiser leurs journées. Loin d’être considéré comme nuisible ou dérangeant, l’adhan est au contraire accepté et apprécié par les non-musulmans domiciliés aux abords des nombreuses mosquées du territoire katangais.

Ces non-musulmans, ils sont de plus en plus nombreux à franchir le pas en se convertissant à l’islam, l’entité islamique en dénombre entre 200 et 300 par an, multipliant ainsi le nombre de familles mixtes où chrétiens et musulmans, unis par les liens du sang, ne voient par leur différence religieuse comme un vecteur de conflit. Mais les instances islamiques du Katanga ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin, de nombreux projets de prédication et des initiatives destinées à inviter la population à l’islam continuent à être mises en place, dans une région où la voix de la communauté musulmane pourrait enfin compter de manière significative.

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