Deux femmes travaillant pour une association islamique à Goma (Nord-Kivu)
Deux femmes travaillant pour une association islamique à Goma (Nord-Kivu)

Ses femmes ont été les premières victimes des guerres à répétition dans le Nord-Kivu. Aujourd’hui, par leur investissement spirituel, nombreuses sont celles qui se redressent et contribuent à redonner vie à une ville de Goma longtemps sous le joug des groupes armés et des troupes rebelles. 

Dans la ville et ses alentours, le travail abattu par les femmes d’obédience musulmane, la plupart du temps réunies en associations, a grandement contribué à favoriser l’acceptation de l’islam au sein de foyers Gomatiens largement acquis au christianisme. Les actions sociales, éducatives et caritatives menées par les mamans, de manière constante et ouvertes à tous, offrent un visage de la religion musulmane jusque là inconnu, et visiblement plus porteur que les efforts traditionnellement menés par les hommes. Au milieu des intervenantes médicales, des éducatrices, des cultivatrices ou encore des activistes féministes, les organisations de femmes musulmanes jouent pleinement leur rôle social au sein des communautés de Goma. Et si la population a eu tendance à se tourner massivement vers les églises évangéliques après la défaite du M23 et la fin de la guerre il y a deux ans, la cohabitation interconfessionnelle se fait en bonne intelligence et sans heurts.

Dans ce contexte, la diffusion du message islamique, qui est une activité à part entière chez les musulmans du Congo, est exclusivement réservée aux hommes. Les femmes musulmanes, elles, s’exhortent mutuellement dans des cercles strictement féminins, parfois ouverts aux femmes d’autres confessions. Cours, débats, explication des préceptes islamiques en swahili, la langue dominante dans le Nord-Kivu, mais aussi séances de cuisine ou de récolte aux champs, c’est en réalité par différents moyens que la gent féminine parvient à se réunir afin de sensibiliser, mais aussi de se montrer au service de l’autre. Une manière de vivre et de partager louée par Amir, un jeune habitant musulman de Goma, admiratif de l’impact de ses coreligionnaires sur les femmes de la ville.

« Presque toutes les femmes musulmanes portent constamment le voile et l’on adopté tenue vestimentaire, nous explique-t-il. Même les chrétiennes qui veulent se respecter se distinguent par leur port du voile. Signalons qu’à Goma, le port de voile est une référence pour beaucoup de familles respectueuses, précise fièrement celui qui a toujours vécu dans la ville volcanique. « Par rapport aux femmes des autres grandes villes de la RDC, j’estime que les femmes de Goma sont un modèle à suivre dans ce domaine. »

Amir assure que la généralisation, toute relative, du port du voile, n’est aucunement due à un traumatisme, ni à un repli consécutif à la guerre, mais bien à une sorte de tradition ancienne qu’est venue valider l’expansion de l’islam dans la région. En réalité, plus qu’un voile islamique, il s’agit plutôt d’un foulard porté sur la tête pour dissimuler les cheveux et comme marque de pudeur, comme le portent la plupart des femmes africaines, musulmanes ou non.

« Je ne pense pas que cette pudeur soit une résultante de la guerre. C’est plutôt une habitude dès le plus jeune âge, tempère ainsi Amir. Elles peuvent par exemple avoir d’autres comportements prohibés par l’islam, mais le port du voile ne constitue en rien une question de pudeur liée directement à la guerre pour elles ».

Mais le jeune homme, comme de nombreux congolais, se montre également élogieux, de manière plus générale, sur le courage et la résistance des femmes de Goma, acharnées au travail, dans des conditions très souvent insupportables. Pleinement investies dans les efforts consentis par les associations religieuses, mais aussi dans l’effort citoyen, celles qui ont payé un lourd tribut à la guerre, se distinguent donc aussi par leur activité à tous les échelons de la société. A leur image, et sous leur impulsion, c’est bien décidés à embrasser un futur plus favorable que les musulmans restent avant tout animés par ce souci perpétuel de préserver l’unité et l’entente au sein des différentes communautés qui peuplent la ville.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *