Hatutaki Kabila

Autorisée dans certaines villes, interdite dans d’autres, la grande marche de ce jeudi 26 mai était particulièrement attendue en République Démocratique du Congo, réunissant ses participants autour de l’exigence du respect de la Constitution, l’organisation des élections présidentielles dans les délais et la fin des massacres de civils à Beni.

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En dépit de son interdiction hier sur l’ensemble de la province du Nord-Kivu par le gouverneur Julien Paluku, la marche s’est rapidement muée en manifestation violemment réprimée à Beni, Butembo et surtout Goma.

Beni (Nord-Kivu)

Tôt ce matin, les premiers attroupements ont été immédiatement dispersés par les forces de l’ordre, qui ont rapidement su dissuader les éventuels manifestants d’organiser la marche. Refroidis, ceux qui avaient prévu de braver l’interdiction se sont contentés de faire face aux nombreux policiers déployés dans la ville avant de renoncer à leurs plans. Une situation tout de même assez tendue pour que les commerces restent fermés, faisant de Beni une ville morte dépourvue de toute activité.  

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Butembo (Nord-Kivu)

Toute autre ambiance à Butembo, où les activistes promettaient, depuis plusieurs jours déjà, de faire de cette journée de marche un jour insurrectionnel. Ce matin,  presque au début de la manifestation, c’est un jeune étudiant qui perdait la vie, percuté par un camion-benne alors qu’il tentait d’échapper à la police lancée à ses trousses.

Sur les réseaux sociaux, ce décès a d’abord été présenté comme un assassinat par balle de la police, avant que la rumeur ne soit démentie.  La photo du jeune Mumbere Nduyi, étudiant en G1 labo ISTM, gisant dans une mare de sang près de sa moto a été largement diffusée sur le web, il fait partie des deux personnes tuées aujourd’hui à Butembo. En outre, une quinzaine de personnes ont été arrêtées par les forces de l’ordre dans la ville. 

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Goma (Nord-Kivu)

Sur l’ensemble de la RDC, c’est à Goma que cette journée aura été la plus violente et la plus meurtrière. Aux alentours de 09h00, heure initialement prévue pour le début de la marche, les esprits se sont échauffés dans plusieurs quartiers de la cité volcanique. Les gomatraciens ont incendié des pneus et empli les rues de pierres et de barricades, prenant rapidement le dessus sur des forces de l’ordre débordées. Outre des gaz lacrymogènes, les policiers auraient tiré à balles réelles sur la population, causant la mort d’un manifestant, avant que la foule ne se fasse justice en lynchant une policière. Selon les sources, la foule aurait tantôt lapidé, tantôt brûlé vifs deux policiers, des informations qui sont restées difficiles à confirmer. A la fin de la journée, le bilan était d’un manifestant tué ainsi que d’une policière, et d’un autre policier hospitalisé dans un état grave.  

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Bunia (Ituri)

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A Bunia, comme à Beni, ceux qui ont tenté de braver l’interdiction de manifester ont rapidement dû rebrousser chemin face à la forte présence policière. Avec des activités réduites au strict minimum, la ville, quadrillée par les forces de l’ordre, aura été muselée de bout en bout, et aucun incident grave n’est à déplorer.  

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Bukavu (Sud-Kivu)

La marche, autorisée et encadrée par la police, s’est déroulée dans un climat apaisé, contrastant avec l’ambiance générale dans toutes les autres grandes villes congolaises. Bukavu est la seule ville où la marche a pu avoir lieu sans qu’aucun incident n’ait été signalé.  

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Lubumbashi (ex-Katanga)

Dans le fief de Moïse Katumbi, opposant numéro 1 au pouvoir actuellement hospitalisé en Afrique du Sud, le déploiement massif de policiers et de militaires a bien vite enterré tout espoir de voir une quelconque marche avoir lieu dans la ville. Alors que le maire avait interdit hier toute manifestation dans la ville, Lubumbashi avait déjà offert une belle démonstration de force lors des auditions de Moïse Katumbi devant la cour d’appel, où elle l’escortait de crainte que le pouvoir ne le transfère de force vers Kinshasa.

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Kinshasa

Dans la capitale congolaise, bien qu’autorisée, la marche, dirigée par les membres de l’opposition, a fini par être violemment dispersée par la police au motif que le tracé initial du parcours n’a pas été respecté. Blessée au mollet, l’opposante Eve Bazaiba Masudi a dû se faire poser des points de suture, alors que les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes sur les manifestants et procédé à plusieurs arrestations.

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