Musulmans à Goma (Nord-Kivu)
Musulmans à Goma (Nord-Kivu)

Au lendemain d’une journée de manifestations qui aura mis un peu plus en lumière les fractures au sein de la société congolaise, les imams du pays tenteront, à travers leurs discours de la prière du vendredi, de préserver l’unité d’une communauté tiraillée et ballottée.

Car la marche d’hier a d’ores et déjà laissé des traces. Les musulmans les plus favorables à Kabila, justifiant leur position par un souci de stabilité, ne comprennent pas les revendications martelées par les manifestants d’hier. « L’opposition a mis la pagaille hier, nous confie une jeune éducateur islamique de Kinshasa. Ils veulent que Kabila s’en aille, mais qu’est-ce qui leur dit qu’il va rester ? Si il avait voulu rester, il aurait modifié la Constitution, or il ne l’a pas fait, donc qu’ils nous laissent tranquilles ! » Un discours qui tranche avec celui des fidèles des mosquées de Beni et Butembo, à l’autre bout du pays, où le chaos sécuritaire a généré une défiance farouche vis-à-vis du pouvoir : « Ici, la situation est particulière. Nous sommes victimes des ADF, et la police nous soupçonne d’être leurs alliés, témoigne un musulman de Butembo. L’Etat nous a abandonné. Il n’y a aucun doute, Kabila partira en décembre », conclut le jeune homme, qui a pris part à la marche, interdite et durement réprimée hier à Butembo.

Divisions politiques, mais également divisions ethniques dans le Nord-Kivu et en Ituri, où la théorie d’un « grand remplacement » rencontre un succès de plus en plus franc auprès de la population. Cette semaine, l’opposant Vital Kamerhe indiquait que les massacres à Beni avaient pour but de « semer la peur, faire fuir les gens, ensuite repeupler les villages par des occupants venus d’autres pays ». Une théorie que beaucoup ont cru voir se confirmer avec l’arrestation cette semaine d’un convoi de réfugiés rwandophones près de Butembo, soupçonnés de faire route vers Beni ou vers l’Ituri. Sentiments rwandophobes, vives tensions entre les communautés Hutu et Nande, un cocktail de haine cauchemardesque pour les imams du Kivu, qui s’évertuent depuis des décennies à prêcher l’unité et la fraternité, soucieux de sauver la paix dans la région des Grands Lacs.

Aujourd’hui, face à leurs fidèles, sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo, les imams tenteront d’apaiser les esprits, de faire baisser la tension, de recoller les morceaux en prônant des valeurs islamiques qui ont semblé voler en éclats tout au long de la semaine. Ils inviteront à la patience de Moïse face à Pharaon, à l’endurance du Prophète Muhammed face à Quraysh, à la fraternisation entre les Ansars et les Mouhajiroune, ou aux prières de Jésus-Christ en faveur de ses ennemis. Comme à chaque crise qui a frappé le pays et menacé sa cohésion, les imams mettront l’accent sur la nécessité d’œuvrer pour l’intérêt du Congo avant tout, et devraient une fois de plus se garder de donner toute orientation politique à leurs fidèles. Ils appelleront au calme, comme ils l’ont toujours fait et conformément aux injonctions du Shaykh Ali Mwinyi, leader de la communauté islamique du Congo (COMICO), qui refuse catégoriquement de voir les musulmans participer, directement ou indirectement, à toute action qui entraînerait l’effusion du sang d’un congolais.

Après cette semaine folle, c’est désormais au tour des imams de calmer leurs troupes, d’estomper les ardeurs, de juguler les frustrations par la spiritualité. Dans bien des mosquées du pays, en ce vendredi, il sera question de l’intérêt commun des congolais, du maintien de l’unité interconfessionnelle, et des prières les plus chaleureuses à destination de Beni et de l’ensemble de la République Démocratique du Congo.

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