FARDC ADF

Près d’un mois après le lancement de l’opération Usalama, menée conjointement par la MONUSCO et les FARDC, les rebelles ADF paraissent clairement affaiblis aujourd’hui, presque en voie d’extinction sur le territoire congolais.

L’opération Usalama porte ses fruits.

Et si ça sentait la fin pour l’Allied Democratic Forces (ADF) en République Démocratique du Congo ? Auteurs présumés d’un des pires carnages commis dans le Nord-Kivu ces dernières années, plus précisément dans le territoire de Beni, les rebelles ougandais accusent le coup après vingt mois rythmés par des massacres en série sur les populations civiles. Alors qu’elle comptait de 500 à 1000 éléments il y a deux ans encore, la rébellion, dotée d’une forte capacité à recruter et à se régénérer, est cette fois-ci durement atteinte par la traque lancée par les FARDC, appuyées par les casques bleus de la MONUSCO dans le cadre de l’opération Usalama en territoire de Beni. En parallèle, l’opération Sukola suit son cours, infligeant quelques revers aux groupes armés polluant le Nord-Kivu et l’Ituri, et n’épargnant pas les ADF. Silencieuse sur le bilan de ses missions, en raison des « susceptibilités sécuritaires », l’armée congolaise est aujourd’hui de plus en plus en plus soutenue par une population locale avec laquelle elle partage un certain optimisme sur l’éradication prochaine des rebelles ougandais. S’il refuse de communiquer les chiffres, Mak Hazukay, porte-parole de l’opération Sukola 1, qui commente régulièrement l’évolution de la traque des ADF, se veut énigmatique sur les pertes infligées aux rebelles : « la moisson est bonne », « on tue le serpent avec l’objet qu’on a à la main ».

Le 26 mai dernier, pendant que l’opposition marchait en RDC pour la paix à Beni et pour le respect des délais constitutionnels, deux éléments des ADF capturés par l’armée étaient présentés au public et à la presse à Beni. Le 2 juin, à Mundumbi, c’est le 3406ème régiment, en patrouille de combat, qui liquidait 4 rebelles ADF et en capturait 4 autres, dont une femme. Dans cette localité située au confluent des rivières Lume et Semuliki, une pirogue appartenant aux terroristes était même détruite par les militaires. Pour l’heure, impossible de mesurer l’ampleur de la débandade des ADF. Sur le terrain, on assure qu’elle est bien réelle. Moins structurés, moins aguerris au combat que les M23 en leur temps, s’ils connaissent les forêts du Rwenzori et de l’Ituri comme leur poche, les ADF n’ont jamais fait le poids lorsqu’ils ont dû faire face directement aux FARDC.

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Une idéologie qui s’effrite.

Fondé dans les années 90 comme mouvement d’opposition au président ougandais Yoweri Museveni, les ADF-Nalu sont d’abord étiquetés comme islamistes, notamment du fait de la présence de nombreux activistes convertis à l’islam, à l’image de Jamil Mukulu, l’ancien chef du groupe, arrêté depuis par les autorités ougandaises. Aujourd’hui, le caractère djihadiste de cette rébellion, qui s’est exportée côté congolais, pose question. Pour Ben Payton, qui officie à la tête de l’Africa Research, les ADF n’ont en réalité pas grand chose à voir avec l’idéologie djihadiste : « Depuis 15 ans qu’ils sont cantonnés dans le Nord-Kivu, où leur activité a été continue, ils n’ont jamais réellement essayé de sortir des montagnes du Rwenzori, explique ainsi le spécialiste. Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’ils soient engagés dans un quelconque djihad ».

Orphelins de chef depuis la mort de Kasadha Kalume, tué par les FARDC en avril 2015, les ADF présentent surtout la particularité de ne jamais communiquer. Exigent-ils un rôle sur l’échiquier politique congolais ? L’établissement d’un califat dans le Kivu ? Un silence médiatique qui aura grandement contribué à poser la question de la réalité de son existence-même, alors que depuis quelques semaines, les témoignages des rebelles capturés lèvent peu à peu le voile sur les profils des « égorgeurs » de Beni. Ougandais, rwandais, mais aussi congolais. Musulmans, mais aussi chrétiens, les auteurs présumés des massacres de Beni paraissent frêles, apeurés, sous-entraînés, et expliquent tous s’être engagés dans les tueries des populations civiles contre la promesse d’un salaire de 400 dollars en moyenne. Loin des motivations des principaux groupes islamistes connus aujourd’hui, l’idéologie des ADF ne reposerait donc plus que sur la quête d’un enrichissement personnel. S’il n’est pas encore officiellement mort et enterré, le mouvement n’a aujourd’hui plus rien à voir avec sa version purement ougandaise, engagée dans une lutte pour faire chuter le pouvoir en place. A Beni, avec des miliciens ignorant tout de l’historique des ADF et du sens de leur recrutement, la rébellion navigue à vue et précipite chaque jour un peu plus sa perte.

A Beni comme à Eringeti, les FARDC et la MONUSCO continuent à pilonner de missiles et de gaz lacrymogènes les forêts dans lesquelles se terrent encore les derniers éléments s’affiliant au groupe ADF. Tués, grièvement blessés ou capturés, personne ne sait combien est-ce qu’ils sont encore à se tenir prêts à prendre leurs machettes contre la population locale. Alors que des voix s’élèvent en République Démocratique du Congo, remettant en cause l’identité réelle des commanditaires des massacres commis à Beni, force est de constater que depuis plusieurs semaines, alors qu’il semblait repartir à la hausse, le rythme macabre des tueries a connu un véritable coup d’arrêt dans les localités traditionnellement ciblées par les terroristes. Si les ADF semblent à bout de souffle, le Nord-Kivu est toutefois bien loin d’être tiré d’affaire. A l’heure actuelle, ce sont plus de 60 groupes armés qui seraient actifs dans la province, avec des recrutements continus et intensifs.

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DKM Guerre

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