Nous y voilà ! Après 30 jours de jeûne, de veillées nocturnes, d’introspection spirituelle, de remises en question, mais aussi, avouons-le, de fatigue physique, le mois de Ramadan s’en est allé. Béni, chéri, choyé, il nous laisse à peine le temps de pleurer son départ que le jour de l’Aïd Al-Fitr lui succède déjà. Un jour de joie, un jour de célébration et de communion, qui succède aux privations et à l’abstinence volontaires consenties par obéissance et amour envers notre Seigneur.

Nous, musulmans de la République Démocratique du Congo, les quelques 15% de la population totale de ce beau pays, profitons d’abord de cette journée pour ressouder nos liens, oublier nos querelles, nous tourner résolument vers l’avenir en repensant notre conception d’un islam non négociable, tolérant, pur, mais aussi patriote, pour répondre nous aussi aux nombreux défis de notre pays. Face à nos amis chrétiens, tendons la main, soyons à l’écoute, brisons les clichés et les idées reçues, invitons-les au dialogue et privilégions toujours la voie de la paix, celle qui guide nos relations depuis des siècles dans ce Congo fermement croyant. Avec les laissés-pour-compte, trop nombreux dans notre pays, prenons du temps, partageons, sourions, beaucoup ne sont encore que des enfants. Faisons preuve de miséricorde envers les faibles et les démunis tout en jouant pleinement et sans relâche notre rôle social. Et nos politiques ? Notre souhait le plus cher, notre prière la plus profonde est que l’obsession du pouvoir ne nous mène pas tous vers un chaos qui montre d’ores et déjà ses signes avant-coureurs. Nous en remettrions-nous ? Nos concitoyens s’impatientent, il nous revient de garder notre calme, d’éviter toute réaction guidée par l’émotion afin de ne pas nous engager dans une voie tortueuse, un chemin que nous aurions par la suite à regretter d’avoir emprunté.

Le calme, la paix, la sécurité… C’est notre prière pour le Congo en général, pour le Nord-Kivu en particulier, l’un des plus beaux endroits de la planète, aujourd’hui l’un des plus martyrisés. En ce jour de fête, ne les oublions donc pas, que notre joie de ce jour ne nous rende pas insouciants face à leurs peines quotidiennes, à Beni, Oïcha, Eringeti, Mbau, Lubero ou Walikale, nous sommes avec eux, nous sommes eux. L’ennemi, qui qu’il soit, est également le nôtre, qu’il partage nos coutumes ou notre religion, qu’il prie le même Dieu que nous ou non, il nous trouvera toujours sur son chemin pour faire barrage à l’injustice et à la barbarie. Cet ennemi, nous le reconnaissons à ces actes et nous refusons de le définir en fonction de son ethnie, ses origines ou sa nationalité. Aujourd’hui, lors de la prière de l’Aïd, partout à travers le pays, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, se tiendront côte à côte des Mungala, Muswahili, Mukongo, Muluba, mais aussi des Nande, Hutus, Tutsis, des Libanais, des Indiens, Pakistanais, des frères Rwandais, Burundais, Ougandais… des frères !

« Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères ! » (sourate Al-Hujurat – verset 10)

Fraternellement, le plus sincèrement du monde, et avec tout l’amour possible, nous vous souhaitons à toutes et à tous de recevoir les plus belles bénédictions d’Allâh en ce jour de l’Aïd Al-Fitr ! Profitez de vos familles, rendez visite à vos proches parents, invitez vos voisins autour d’un thé, et priez avec ferveur pour la paix en République Démocratique du Congo.

Par Hakim Maludi

 

 

 

 

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