Mosquée Fatouma

L’appel à la prière qui s’échappe de la plupart des mosquées de Kinshasa ferait presque oublier que le pays est dominé par le christianisme. Pourtant, cet acquis a été obtenu au prix de quelques frictions dans la capitale congolaise.

À certaines heures du jour, les rues de Kinshasa revêtent, l’espace de quelques minutes, des allures de véritable terre d’islam lorsque l’adhan vient retentir au milieu des klaxons et de l’activité grouillante de la capitale. Dans plusieurs quartiers de la ville, on peut ainsi entendre l’appel à la prière inviter les musulmans à rejoindre les moquées pour y célébrer en groupe ce rite qui constitue le deuxième pilier de l’islam, avec un statut obligatoire dans la religion. Minoritaires dans le pays, et dans une ville de Kinshasa dominée par le christianisme et les églises évangélistes, les musulmans ont su faire valoir leurs droits pour tirer profit des largesses que leur offre la laïcité à la congolaise.

Dans plusieurs communes de Kinshasa, la communauté musulmane a pourtant d’abord dû faire face aux protestations et aux plaintes des riverains, estimant que l’appel à la prière était une nuisance, au même titre que les prières effectuées il y a quelques années encore à l’aide de porte-voix les rendant audibles depuis l’extérieur des mosquées. La célèbre mosquée Citas, mais aussi la mosquée de Kitega, dans la commune de Barumbu, ont ainsi fait l’objet de poursuites judiciaires de la part de riverains ayant sollicité le tribunal de grande instance de la Gombe pour obtenir l’interdiction pure et simple de l’adhan. Dans les deux cas, la justice congolaise a décidé de rendre un avis destiné à satisfaire les deux parties, avec le maintien de l’appel à la prière par hauts-parleurs, considérant que l’islam, en tant que « grand culte » de la RDC devait être respecté, tout en exigeant des musulmans qu’ils effectuent leurs prières sans amplificateurs sonores. Un compromis jugé satisfaisant au sein de la communauté musulmane kinoise, d’autant que la prière du vendredi (Djumuah) n’est pas concernée par cette interdiction et qu’elle peut généralement avoir lieu dans les mêmes conditions que l’adhan, avec des hauts-parleurs la rendant audible dans tout le quartier.

À Matonge, dans la commune de Kalamu, la mosquée M’Pozo a quant à elle été l’objet de plaintes de la part d’une église voisine, mais là aussi, la justice a reconnu l’utilité de l’appel à la prière pour les musulmans du voisinage en rendant la même décision que pour les autres mosquées citées précédemment. Des aménagements et des modifications des installations sonores, notamment à la mosquée Citas, ont permis à la communauté musulmane de s’adapter rapidement aux décisions rendues, tout en devant encore, dans quelques quartiers, éviter d’effectuer l’appel à la prière de nuit ou à l’aube, afin de ne pas perturber le voisinage.

 

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