Père Vincent Machozi
Père Vincent Machozi

Alors que la France est en en profond état de choc trois jours après l’assassinat de l’abbé Jacques Hamel, tué par des « soldats » de Daech à Saint-Etienne-du-Rouvray, les catholiques du Nord-Kivu compatissent, tout en se rappelant le lourd tribut payé par les prêtres du territoire de Beni dans leur lutte contre le terrorisme local.

Solidaires de leurs frères catholiques français en deuil, les chrétiens du territoire de Beni ont été, peut-être plus que quiconque en République Démocratique du Congo, profondément secoués par la mort du prêtre Jacques Hamel, qui les a renvoyés aux douloureux souvenirs des hommes d’Eglise disparus dans leur région. Car si Daech, dans sa revendication de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, a explicitement appelé à tuer des religieux chrétiens ou juifs, ceux qui sèment la terreur à Beni se sont fait, depuis plusieurs années déjà, une spécialité que de s’en prendre aux prêtres du Nord-Kivu. Terrorisme aux accents islamistes d’un côté, et terrorisme aux allures de règlements de comptes politiques de l’autre, sous-couvert d’incursions de ces « égorgeurs » djihadistes ADF, qui se distinguent par le fait de ne jamais formuler la moindre revendication après leurs horribles exactions. C’est cette étrangeté que n’ont de cesse de dénoncer les prêtres de Beni, comme l’a courageusement fait le Père Vincent Machozi, tué au mois de mars dernier, quelques jours après avoir lancé une énième salve (sur son site www.benilubero.com) contre le pouvoir congolais accusé de piloter l’insécurité persistante à l’Est du pays avec l’aide du Rwanda. Grand défenseur de la paix, artisan du dialogue inter-religieux, notamment avec la communauté musulmane locale, le prêtre refusait de voir à travers les massacres de Beni un clivage entre chrétiens et musulmans, il dénonçait plutôt une volonté de se débarrasser méthodiquement du peuple Nande, afin de « balkaniser » la province en laissant s’installer des communautés étrangères dans les zones abandonnées par les populations.

En 2012, ce sont 3 prêtres assomptionnistes de Notre-Dame des Pauvres de Mbau qui ont été kidnappés, et dont personne  n’a eu de nouvelles depuis. Aujourd’hui encore, les prêtres assomptionnistes de Beni, particulièrement engagés dans la dénonciation de l’insécurité et la protection des Yira (Nande), restent parmi les plus exposés, comme nous l’expliquait tout récemment le Père Gaston Mumbere. « Le prêtre représente ce moral [du peuple], car jusque là on pouvait enlever les gens, les violer, les tuer, mais en touchant au prêtre, on tue celui qui parle. Le prêtre, dans la communauté, c’est lui qui parle, qui prêche, qui ose briser le silence, donc en le tuant, c’est mettre le couteau là où ça fait mal. »

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