Bilal Ibn Rabah

Délivré de la tyrannie de l’esclavage des mains-même des pionniers de la religion musulmane, Bilal Ibn-Rabah, premier muezzin de l’islam, symbolise la revanche de l’homme Noir sur l’obscurantisme, la soumission et l’injustice. Explications.

Son nom sonne comme un slogan égalitaire, un chant de la liberté, un rayon d’espoir pour les opprimés. On le cite en exemple pour mettre en lumière le combat de l’islam contre le racisme, l’appel coranique à l’affranchissement des esclaves, ou encore le caractère universel d’une religion encore bien souvent perçue comme essentiellement arabe. Chez nous, son histoire est ignorée de ceux qui nous enjoignent d’en revenir au « bokoko », aux religions ancestrales, qui nous renvoient systématiquement à la traite arabo-swahilie, à Tippo Tip, à la prétendue arabité exclusive de notre religion. Pourtant, comprendre le parcours humain et spirituel de Bilal permettrait une meilleure lecture du rapport de l’africain et de l’homme Noir à une foi libératrice, émancipatrice et salvatrice.

Originaire d’Abyssinie (Ethiopie actuelle) et fils d’une esclave éthiopienne, Bilal a découvert le message islamique en tant qu’esclave d’Umayya Ibn-Khalaf, l’un des notables les plus puissants de La Mecque au VIIème sicèle. C’est au service de ce maître tyrannique qu’il effectuera des voyages commerciaux jusqu’en Syrie et sera chargé des basses besognes ainsi que des travaux les plus contraignants contre une simple poignée de dattes en guise de salaire. Sensible au discours du Prophète Muhammed, qui prêchait alors en cachette à La Mecque, Bilal décide d’embrasser l’islam, religion strictement interdite et passible de mort dans une ville où le culte des idoles a été érigé en véritable religion d’Etat. Esclave, Noir, Bilal est l’égal d’un bien immobilier, voire d’un animal domestique pour son maître, qui lui nie le droit de penser par lui-même et qui considérera sa conversion à l’islam, lorsqu’il la découvrira, comme un affront fait à son autorité aux yeux de ses homologues de La Mecque. Atrocement torturé par Umayya Ibn-Khalaf, il ne reniera jamais sa foi, pas même lorsqu’il sera exposé en plein soleil écrasé sous le poids d’une pierre montagneuse  : « Ahadun Ahad » (Dieu est Un) répétera inlassablement Bilal en signe de rejet du culte des idoles auquel son maître voulait le soumettre.

Racheté et affranchi aussitôt par Abu-Bakr, le bras-droit du Prophète Muhammed, Bilal voit son sacrifice, son endurance, son combat spirituel récompensé et mis à l’honneur par les plus hautes personnalités qui soient. Lui, l’esclave abyssin, libéré de ses chaînes par des arabes, premier musulman d’origine africaine, premier homme Noir à rejoindre les rangs de l’islam, Bilal sera également le premier homme à être choisi, par le Prophète en personne, pour effectuer l’appel à la prière à Médine. Après l’humiliation, les honneurs, après l’ingratitude, l’estime, après l’esclavage, l’épanouissement. Hanté par la tristesse après la mort du Prophète Muhammed, Bilal ira vivre en Syrie, où il mourra, comme sa tombe en témoigne au vieux cimetière de Damas. Son nom, lui, continue à être cité comme un symbole d’auto-détermination dont les africains d’obédience musulmane aiment à s’inspirer. S’imprégner de l’exemple de Bilal pour s’assumer en tant que musulman, en tant qu’adepte d’une foi universelle qui prône la justice, l’égalité entre les hommes, l’amour de son semblable et la quête de la vérité spirituelle, quitte à renier des coutumes archaïques, renoncer à l’esclavage moral, culturel ou sociétal.

Mise en place en contradiction des invitations du Coran à affranchir les esclaves, la traite négrière arabo-africaine, aussi douloureuse soit elle, n’est jamais parvenue à effacer le symbolisme autour du personnage de Bilal Ibn-Rabah. C’est par lui, par ce qu’il représente, mais aussi par son combat, que l’homme Noir a lié son besoin de spiritualité verticale à celui de répandre ses sentiments de fraternité à l’attention de ses semblables, quelle que soit leur origine, leur couleur, leur rang social ou leur condition.

Éléments de la biographie de Bilal tirés de Hilyat Al-Awliyâ’(Abû Nu’aym), Siyâr A’lâm Nubala (Adh-Dhahabi)

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