Situation quasi-insurrectionnelle aujourd’hui à Butembo (Nord-Kivu). Suite à la mort d’un manifestant, tué hier par les forces de l’ordre, la journée a été émaillée de manifestations de mécontentement et de graves incidents à travers la ville.

Mbusa Kanduki était un taximan, vendeur du carburant et ancien membre de l’orchestre « la voix de Jésus » à Butembo. Alors que la foule cherchait à s’en prendre aux passagers du mini-bus de la discorde hier, l’homme a été fauché par une balle perdue tirée par la police qui venait de mettre les occupants du véhicule en sécurité. Tard dans la soirée, l’annonce de la mort du manifestant provoquait la colère des jeunes de Butembo, qui ont dès ce matin investit les rues pour réaffirmer leur rejet du couvre-feu instauré dans la ville et réclamer vengeance pour la mort de leur camarade. Commerces fermés, aucune activité, routes bloquées; dès les premières heures de la journée, un climat lourd s’installait sur Butembo.

Alors que des tirs ont été entendus dans la ville, les jeunes sont vite devenus totalement incontrôlables, installant des barricades et contrôlant les entrées et sorties des quartiers principaux de Butembo. Dans leur furie, les manifestants ont attaqué le domicile du député provincial Jeannot Lukambo, accusé d’enseigner le kinande au Rwanda. Alors que des témoins parlent de jets de pierres sur le véhicule du député, ce dernier serait sain et sauf et n’aurait pas été blessé.

Presque au même moment, des jeunes s’en sont pris à un homme accusé d’appartenir aux ADF. Ce dernier affirmait pourtant être un cultivateur originaire de Goma ayant perdu son chemin, il souhaitait se rendre à Beni. Roué de coups par la foule, son corps a été calciné en pleine rue.

Face cette situation hors de contrôle, la Véranda Mustanga, groupe d’activistes qui joue traditionnellement les premiers rôles dans les manifestations à Butembo, a multiplié les appels au calme, sans que ceux-ci ne soient suivis d’effets :

« La Véranda Mutsanga appelle tous ses membres et les habitants au calme, et dans dans cette campagne de boycott contre le couvre-feu, ne mettons pas notre ville en feu, protégeons les édifices publics comme la mairie, le goudron… Cette campagne continue mais ne donnons pas la place à l’ennemi. Comme d’habitude soutenons les agents de l’ordre conscients. Pas les inconscients comme ceux qui tirent à bout portant sur les manifestants. Enfin, nous demandons au maire de retirer son arrêté décrétant un couvre-feu et nous demandons d’observer toujours ce boycott jusqu’à preuve du contraire. »

 

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