Que s’est-il passé hier dans la ville de Butembo (Nord-Kivu) ? Intercepté sur l’artère principale du quartier Matanda, un mini-bus transportant des familles se dirigeant vers l’Ituri a subit la colère de toute une population. Explications.

Nous sommes encore milieu de matinée et certains des jeunes présents protestaient encore la nuit précédente contre l’application du couvre-feu entre 20h00 et 06h00 du matin en ville de Butembo. Alertés par un mini-bus blanc transportant une dizaine de voyageurs inconnus, la rue bubolaise, à l’affût de la moindre situation suspecte depuis plusieurs semaines, se masse autour du véhicule jugé douteux. Les questions pleuvent, on interroge les passagers sur leur destination, certains répondent en swahili, et d’autres… en kinyarwanda, dialecte Hutu et langue du voisin rwandais, considéré par la rue congolaise comme l’un des principaux bénéficiaires de la situation dramatique à l’Est de la RDC. C’est alors que la foule se masse autour du mini-bus afin de contrôler les effets personnels des voyageurs, sait-on jamais, il s’agit peut-être « d’égorgeurs ». En déballant les sacs des passagers du véhicule, la population oscille entre stupeur et colère : des machettes sont découvertes, mais aussi les nouveaux uniformes des FARDC pour la zone opérationnelle de Sukola I, ainsi qu’une feuille de route. Après avoir caillassé le mini-bus, la foule, qui a fait sortir l’ensemble des occupants du véhicule, s’apprête à commettre un lynchage en règle, mais la police nationale congolaise arrive à temps pour sauver les familles et les mettre à l’abri dans les locaux des services de l’ANR. Furieuse, la foule brandit les uniformes, les machettes, et les documents prouvant, selon elle, qu’un complot existe bel et bien entre une partie des autorités et l’ennemi, entre des éléments de l’armée et les « égorgeurs » :  « Une raison de plus pour résister contre ce couvre-feu complice, dénonce ainsi Tembos Yotama, leader de la Véranda Mutsanga, toujours recherché par la police. Un complot contre notre ville est en cours, persistons ! » 

Du côté des officiels et de l’armée, si l’on ne s’explique pas la présence d’uniformes dans les rues de Butembo, on évoque la possibilité d’un coup-monté destiné à décrédibiliser les FARDC.

Uniforme FARDC 2 Uniforme FARDC

Visiblement en provenance de Masisi, le véhicule se dirigeait bien vers l’Ituri, où se rendent fréquemment les populations agricoles ainsi que les déplacés du Nord-Kivu. Pour le maire de la ville de Butembo, les passagers du mini-bus ne faisaient que rejoindre leurs familles dans les champs de l’Ituri. Il a expliqué la présence de machettes, de haches et de houes par les activités agricoles de ces populations. Sikuli Uvasaka Makala a par ailleurs accusé, sur les ondes de la Radio Kivu 1, les jeunes et activistes de Butembo d’être à l’origine des troubles dans la ville par leur refus de respecter le couvre-feu en vigueur depuis le massacre de Rwangoma, à Beni.

Dans les heurts qui ont suivi le sauvetage des voyageurs « inconnus » par les forces de l’ordre, un manifestant a été tué et plusieurs autres blessés. Le mini-bus attaqué par la rue bubolaise transportait pour sa part des familles de 4 adultes et 9 enfants, dont au moins 3 en bas-âge. Depuis plusieurs mois déjà, les familles inconnues dans la région, qui effectuent des voyages entre le territoire de Beni et l’Ituri, sont fréquemment prises pour cible par une frange méfiante de la population locale, qui assimile tout étranger à des « égorgeurs ».

déplacés Butembo

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