À Butembo (Nord-Kivu), la population continue à dangereusement se faire justice elle-même. Ce matin, piétons et motards ont décidé de contrôler tout véhicule jugé « suspect ». Un mini-bus transportant des voyageurs a été appréhendé et sauvagement attaqué par la foule.

C’est vers 09h00 ce matin qu’une partie de la population, qui a décidé de se faire justice elle-même depuis le massacre de Rwangoma à Beni, a intercepté un véhicule transportant des personnes inconnues. Aujourd’hui, le drame s’est déroulé à l’un des check-point improvisés installés par de jeunes militants locaux pour vérifier que des « égorgeurs » ne figurent pas parmi les voyageurs qui font route vers l’Ituri. Après avoir cru identifier deux passagères comme appartenant à l’ethnie Hutu, la foule s’est déchaînée sur deux femmes avec une violence inouïe, sauvagement lynchées avant d’être brûlées vives alors qu’elles agonisaient.

Selon des témoins, le bilan aurait pu être bien plus lourd encore sans l’intervention de la police et de l’armée, qui ont dispersé la foule par des coups de feu nourris tirés en l’air. Face à la multiplication de ce type de violences, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler la population au calme et à la retenue. Les activistes de la Véranda-Mutsanga ont ainsi tenu à condamner et à se désolidariser de tout acte meurtrier perpétré par la rue :

« Chers amis, habitants de Butembo. La situation devient de plus en plus intenable dans la ville. Les messages d’intoxication se multiplient à chaque instant, les victimes innocentes risquent d’être nombreuses. S’il vous plaît, évitons la justice populaire. C’est bien que la situation de Beni-Lubero, Ruchuru ou les gens sont égorgés nous dépasse tous, mais les actes de justice populaire risquent de nous induire en erreur. L’heure est tel que, nous devons rester vigilants et prudents. Que les autorités prennent des mesures appropriées pour éviter le pire. Autorités, prenons les dispositions avant qu’il ne soit tard. Autorités, prévenons les choses au lieu de chaque fois courir derrière les choses. Le mouvement est maintenant incontrôlé, et on ne sait pas qui fait quoi, habitants, taximans…s’il vous plaît arrêtons avec la justice populaire. Si vous voyez des personnes suspectes ne vous rendez pas justice, alertez plutôt les agents de l’ordre. Arrêtez les actes de justice populaire. Chers bubolais, nous avons seulement le travail de suivre tout mouvement suspect, le reste du travail c’est pour les services de sécurité. »

D’après nos informations, l’une des deux femmes tuées serait originaire de la province du Bas-Uélé, l’autre du Sud-Kivu, et n’appartiendraient a priori pas à l’ethnie Hutu. Elles voyageaient en provenance de Goma (Nord-Kivu) se rendaient à Boga (Ituri) dans le cadre de leurs activités agricoles.
Il y a deux jours déjà, des habitants de Butembo tuaient et brûlaient un jeune homme considéré comme un ADF.  La veille, c’est l’attaque d’un mini-bus qui aurait pu coûter la vie à 9 personnes appartenant à l’ethnie Hutu sans l’intervention des forces de l’ordre. Depuis dix jours, des jeunes de Butembo contrôlent et signalent tous les mouvements suspects dans la ville afin de prévenir une infiltration de populations Hutus, soupçonnées d’être des agents du Rwanda, ou d’éléments appartenant aux présumés-ADF.
Du côté des FARDC, on se promet de traquer et d’arrêter les auteurs de ces assassinats qui se répètent dans la ville de Butembo.

.
.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *