Entendus à Beni dans le procès des présumés-ADF, les deux imams de Butembo, Hamza Baguma et Djibril Muhindo, pourraient avoir été cités par vengeance plutôt que pour une réelle implication au sein du mouvement rebelle.

Jugé en tant que membre présumé des ADF, Kassim Mupenda a accusé hier les imams Hamza Baguma et Djibril Muhindo de faire partie de l’organigramme du groupe terroriste d’origine ougandaise. En réalité, les deux religieux, qui nient toutes les accusations portées contre eux, et le jeune membre des ADF, se connaissaient vaguement avant d’être assis côte à côte aujourd’hui sur le banc du tribunal militaire installé à Beni. D’après nos informations, les imams ont alerté les services de sécurité il y a quelques semaines sur le profil jugé dangereux du prévenu Kassim Mupenda, après l’avoir croisé à plusieurs reprises à la mosquée de Butembo. Remis au tribunal militaire, il aurait décidé de se venger en citant à son tour les deux imams comme idéologue des ADF, pour Hamza Baguma, et comme recruteur, pour Djibril Muhindo. Au sein des autorités islamiques locales, on peine à croire que les imams de Butembo puissent être impliqués dans une telle affaire, étant donné qu’ils étaient surveillés de près par les services de renseignements et que leurs cours étaient accessibles à tous.

Du côté de certaines ONG, on émet de sérieux doutes sur le caractère impartial du procès, notamment à cause de son caractère militaire et de l’absence d’officiers des FARDC parmi les prévenus, alors-même qu’un rapport des Nations Unies faisait état de l’implication d’éléments de l’armée congolaise, comme le Général Akili Mundos, dans les massacres de Beni.

Enfin, au sein de la communauté musulmane locale, les imams inquiétés bénéficient d’un soutien sans faille de tous les fidèles, qui estiment qu’ils font office de boucs-émissaires parfaits, et gardent l’espoir qu’ils soient bientôt innocentés et libérés. Aux yeux de nombreux musulmans congolais, la main du pouvoir est derrière l’arrestation des deux imams, qui pourraient être présentés comme les personnages centraux des massacres de Beni pour mieux masquer les responsabilités au sein de l’armée et des autorités. Par ailleurs, la perspective de voir Hamza Baguma et Djibril Muhindo être reconnus coupables de la moindre implication au sein des ADF fait craindre à la communauté musulmane des amalgames et des représailles de la part de la population congolaise, très majoritairement chrétienne.

Ne parvenant pas à établir leur culpabilité, la Cour militaire a décidé de repousser l’audience à la semaine prochaine, afin de permettre au ministère public de réunir des preuves et des éléments supplémentaires que l’accusation estime être en mesure de fournir dès demain.

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