Si la COMICO, l’organe officiel de l’islam en République Démocratique du Congo, est tenue à un devoir de neutralité et de réserve politique, les musulmans du pays apparaissent quant à eux de plus en plus sensibles au profil de Moïse Katumbi. Explications.

Moise Katumbi

« Face aux accusations de Mende, Moïse est le seul à nous avoir défendu ».

Depuis les propos polémiques de Lambert Mende sur la présence présumée, à Butembo, d’un imam djihadiste recruteur pour le compte des ADF, la minorité musulmane se sent dangereusement montrée du doigt en République Démocratique du Congo. Pour ne rien arranger à leurs affaires, c’est le célèbre imam de Butembo, Hamza Baguma, qui a été arrêté avec l’imam Djibril Muhindo cette semaine suite à des accusations douteuses d’un présumé ADF entendu au tribunal militaire d’exception à Beni. S’ils ont le sentiment de servir de boucs-émissaires, les musulmans ne manquent pas de saluer la prise de position de Moïse Katumbi, seule personnalité politique du pays à avoir promptement démenti les allégations de Lambert Mende. Lors de la séance de questions/réponses qu’il a organisée la semaine dernière sur Twitter, l’ex-gouverneur du Katanga, toujours en exil à Bruxelles, avait assuré que la menace djihadiste n’existait pas en République Démocratique du Congo : « Il n’y en a pas en RDC comme le fait croire le gouvernement ». En un simple tweet, Moïse Katumbi rassurait l’ensemble de la communauté musulmane congolaise, qui craint toujours d’être l’objet d’amalgames et d’avoir à subir des représailles de la part de celles et ceux qui verraient en chaque musulman un djihadiste potentiel.

« Franchement, un grand merci à lui, nous lui sommes vraiment reconnaissants, témoigne ainsi un fidèle de la mosquée de Butembo. On a l’impression qu’on ne nous aime pas dans ce pays, que le gouvernement cherche à nous cibler, et face aux accusations de Mende, Moïse est le seul à nous avoir défendu ».

Mais la prouesse de Lambert Mende est d’autant plus grande qu’il sera parvenu à retourner contre le camp de Kabila des musulmans qui, surtout à Kinshasa, étaient jusque-là plutôt favorables au président de la République. Ainsi, dans le quartier Madimba, le jeune Ali, qui se plaignait des revendications des leaders de la marche de l’opposition du 26 mai, au printemps dernier, et qui souhaitait un maintien de Joseph Kabila au pouvoir, a clairement revu sa position : « Ce gouvernement nous cherche des ennuis, on sait tous que nos musulmans sont innocents, nous confie-t-il. Katumbi a bien fait de leur répondre, lui il est comme nous, lui aussi est un bouc-émissaire ».

Un sentiment d’injustice qui rend sensible à la cause de Moïse Katumbi.

A travers cette sensation d’être le bouc-émissaire, le coupable idéal, les musulmans de la République Démocratique du Congo se retrouvent et s’identifient à la situation de Moïse Katumbi. Opposant probablement le plus dangereux pour Kinshasa, il a tour à tour été accusé de recrutement de mercenaires, de spoliation d’un bien immobilier, et se trouve sous la menace d’une arrestation dès l’instant où il poserait le pied sur le sol congolais.

Lors de l’arrestation des imams de Butembo cette semaine, soupçonnés d’être des leaders de l’ADF, nombreux sont les musulmans qui, voyant là une machination du gouvernement, faisaient le rapprochement avec la situation de l’ex-gouverneur du Katanga : « On sait comment ils fonctionnent, on sait très bien ce qu’ils ont à cacher, ils ont fait pareil avec Moïse Katumbi, on le sait », assurait ainsi un fidèle de la mosquée centrale de Butembo, sûr de l’innocence des imams soupçonnés.

Un profil religieux qui rassure.

Ouvertement catholique, Moïse Katumbi possède également un profil religieux qui plaît à grand nombre de musulmans en RDC. À l’opposé de certains adeptes d’églises de réveil ou de confréries évangélistes, qui tiennent parfois un discours hostile, voire violent à l’égard de l’islam, les catholiques sont davantage perçus par les musulmans comme des hommes de paix, avec qui le dialogue est plus naturel. De plus, Moïse Katumbi n’aura jamais manqué l’occasion d’associer les musulmans à sa propre démarche spirituelle, comme lorsqu’il a entrepris de prier chaque jour à midi pour la paix et le respect de la Constitution au Congo, appelant les congolais de toutes confessions à se joindre à lui dans cet effort. D’autres auront également été touchés par certaines attentions de l’ancien gouverneur du Katanga, comme lorsque l’année dernière, il était le seul homme politique congolais à avoir une pensée pour les musulmans à l’occasion de l’Aïd Al-Adha (la fête du sacrifice), plus grande fête du calendrier islamique.

 

Un lien fort avec les musulmans du Katanga.

Mais ces attentions, ces gestes à l’égard des musulmans ne datent pas d’aujourd’hui. En tant que gouverneur déjà, Moïse Katumbi s’était illustré par ses actes de bienfaisance envers la communauté musulmane de sa province. Et alors qu’il a promis de se servir de son expérience katangaise pour gouverner la République Démocratique du Congo s’il en devenait un jour le président, les musulmans de l’ex-Katanga sont unanimes pour reconnaître qu’ils ont été particulièrement choyés par Moïse Katumbi lorsqu’il dirigeait la province. À plusieurs reprises, le gouverneur d’alors leur a adressé des dons, fait livrer du bétail pour leurs fêtes, mis à leur disposition des terrains à cultiver ou des parcelles pour y bâtir des mosquées. Dans la province sudiste, on n’a pas oublié l’amitié interconfessionnelle instaurée par le président du TP Mazembe, et la communauté musulmane locale est clairement acquise à sa cause.

Si l’on ne peut parler de la communauté musulmane congolaise en terme de réel potentiel électoral, force est de constater qu’à l’approche d’échéances cruciales pour le pays, c’est autour de Moïse Katumbi qu’un certain consensus semble se dessiner. « Ami » de longue date de la minorité confessionnelle, il aura toujours su, par un mot, une attention, un simple tweet, des actes, rassurer et transmettre une certaine confiance à des musulmans qui ont aujourd’hui la sensation, à tort ou à raison, d’être ciblés par le gouvernement congolais. Ni ses racines juives, ni son passé au sein de la majorité présidentielle, ni son combat mené depuis l’extérieur du pays n’apparaissent comme des handicaps aux yeux d’une communauté qui aurait rêvé de voir un musulman figurer parmi les prétendants à la présidentielle.

Comme un symbole, hier, l’équipe de football du TP Mazembe a été accueillie à Kindu par une foule en liesse chantant à la gloire de Moïse Katumbi, le président du club. Si la ville de Kindu est considérée comme une place forte électorale du président Joseph Kabila, et que de nombreux membres du gouvernement, dont le premier ministre, en sont issus, au sein de la communauté musulmane congolaise, cette ville du Maniema représente le berceau de l’islam en République Démocratique du Congo et la plus forte concentration musulmane dans le pays.

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