Les autorités islamiques de Butembo, le chef d’entité islamique du Nord-Kivu, mais aussi Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la COMICO, suivent de près la situation des imams Hamza Baguma et Djibril Muhindo, entendus au tribunal militaire d’exception à Beni en qualité de « renseignants » suite aux accusations d’un prévenu à leur encontre.

Accusés par Kassim, qui a reconnu avoir appartenu au mouvement rebelle ougandais des ADF, les deux imams originaires de Butembo sont soupçonnés d’avoir travaillé au recrutement de combattants pour l’organisation que le gouvernement congolais présente comme djihadiste.

Procès Beni

Des incohérences dans l’accusation

Devant le tribunal militaire, Kassim a assuré cette semaine avoir rencontré les deux imams à Butembo en 2004, où ils l’auraient fait prendre le chemin du djihadisme en l’envoyant combattre dans la forêt. Sauf qu’en cette année 2004, l’imam Hamza Baguma était en Arabie Saoudite, où il poursuivait ses études islamiques, pour n’arriver à Butembo qu’en 2007. Quant à l’imam Djibril Muhindo, originaire du territoire de Beni, il y vivait encore et y était cultivateur.

Un acte de vengeance validé par le pouvoir ?

Contacté par nos soins, le chef de l’entité islamique du Nord-Kivu a avoué sa difficulté à déchiffrer les tenants et les aboutissants de cette affaire : « Vous savez, dans ce dossier des présumés ADF, tout est toujours très compliqué, nous a-t-il ainsi confié. Concernant les imams actuellement entendus à Beni, je sais qu’ils se connaissaient avec ce Kassim et qu’il y a eu des problèmes entre eux par le passé : Etant donné que ce sont ces imams qui ont dénoncé ce jeune homme aux autorités, il a pu chercher à le leur faire payer en citant leurs noms à la barre, c’est ce qui apparaît le plus probable aujourd’hui, et je ne dispose pas de plus d’éléments pour commenter ».

De son côté, Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la COMICO, reconnaît que l’implication des deux imams de Butembo relève plus du règlement de comptes personnel que d’une quelconque entreprise djihadiste.

Les fidèles de la mosquée de Butembo, orpheline de son imam pour le moment, font bloc derrière Hamza Baguma et Djibril Muhindo, estimant que leur comparution est une aubaine pour le gouvernement congolais ainsi que pour une partie de l’armée, puisqu’elle détourne l’attention sur les soupçons formulés à l’encontre d’officiers et d’hommes politiques locaux, que tous, à Beni, s’attendaient à voir également à la barre. Aujourd’hui, en dépit des rapports des Nations Unies indiquant que les présumés ADF ont bel et bien bénéficié de l’aide de certains éléments de l’armée, aucun n’a été entendu par le tribunal militaire.

Suspendu ce week-end, le procès des présumés ADF reprendra ce lundi 29 août à Beni.

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