C’est la plus grande crainte des musulmans de la République Démocratique du Congo. Que les liens faits par le gouvernement entre les massacres de Beni et l’islamisme n’entraînent amalgames et confusions, et qu’à terme, ce soit la communauté musulmane congolaise qui en fasse les frais.

La mosquée centrale de Butembo.
La mosquée centrale de Butembo.

À force d’être ainsi martelé, le discours officiel au sujet des auteurs des tueries de Beni semble faire ses premiers effets sur une partie encore largement minoritaire de la population. À leurs yeux, les congolais d’obédience musulmane qui partagent la même foi que les « ADF », sont d’une manière ou d’une autre complices du malheur des populations de l’Est. Une suspicion qui s’est accentuée lorsqu’il y a dix jours, deux imams de Butembo ont été arrêtés et transférés à la Cour militaire de Beni pour y être entendus comme présumés-recruteurs pour le compte des ADF.

« Et dire que l’ennemi était juste là, parmi nous, il vivait avec nous, commente ainsi un habitant de Butembo, convaincu par la théorie djihadiste. Les masques commencent à tomber, il faut vraiment faire attention à ces gens ». Un sentiment de méfiance que les musulmans locaux ressentent de plus en plus dans les regards portés sur eux, mais qui n’est toutefois pas de nature à les inquiéter. « On commence à bien ressentir cette méfiance à notre égard, témoigne ainsi Lyanza, un fidèle de la mosquée centrale de Butembo. La chose qui fait que les gens ne s’en prennent pas à nous, c’est que ce sont nos frères, nous sommes de la même tribu ». Fortement attachés à leur identité Nande, les habitants de Butembo vivraient comme un déshonneur le fait de s’en prendre à leur propre famille ethnique. Récemment, ce sont des voyageurs pris pour des étrangers, et n’appartenant pas à la communauté Yira, automatiquement assimilés à des « égorgeurs », qui ont été malheureusement pris à partie par certains jeunes de la ville, parfois jusqu’à la mort. « C’est ce qui nous sauve, ajoute Lyanza. Et puis on se connaît tous ici, ils nous connaissent quand-même aussi ».

Afin d’éviter les remarques désobligeantes, certains musulmans renoncent au qamis (ou djellaba), cette tenue traditionnelle islamique semblable à une soutane, très populaire dans le territoire de Beni et par laquelle les musulmans pratiquant aiment à se distinguer. S’ils ne craignent pas forcément que la population se retourne contre eux, les musulmans des secteurs menacés par les présumés-ADF veulent s’épargner tout ce qui pourrait être assimilé à de la provocation.

« Qu’ils soient tranquilles, tempère un chrétien de Butembo. Tout ce que dit le gouvernement n’est que montage et distraction. Les auteurs des massacres ne sont pas des islamistes, les vrais auteurs sont protégés, où est le Général Mundos ? »

Pour une grande partie de la population, celle qui ne croit pas un mot des allégations de Lambert Mende, les responsables des massacres sont plus à chercher du côté des camps militaires des FARDC que de celui des mosquées. Ils sont ainsi nombreux, à Beni comme à Butembo, à s’étonner de l’absence de militaires sur le banc des accusés du Tribunal érigé à Beni, alors-même qu’un rapport d’experts des Nations Unies avait désigné le Général Akili Mundos et ses hommes comme complices actifs des « égorgeurs ».

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