Arrêté à la fin du mois d’août après avoir été dénoncé comme recruteur présumé pour les ADF, l’imam Hamza Baguma bénéficie d’un soutien sans faille des musulmans de Butembo. Mais d’autres voix dans le Nord-Kivu préfèrent appeler à la retenue, en mettant en cause le passé sulfureux du religieux.

Hamza Baguma Butembo

Jugé à Beni pour son rôle présumé dans le recrutement de jeunes qu’il aurait envoyé rejoindre les combattants ADF, l’imam Hamza Baguma ne peut compter sur le soutien de l’ensemble de la communauté musulmane dans le Nord-Kivu. En cause, un passé récent mouvementé, avec de graves conflits internes à la communauté de la province de l’Est.

« En 2013, le représentant de la COMICO à Butembo avait écrit au maire de la ville, au commandant de la police, au commandant de l’ANR, pour les prévenir que la prédication de l’imam Hamza Baguma avait tendance à soulever les jeunes et à les pousser vers des mouvements extrêmes, nous confie ainsi un responsable religieux local qui requiert l’anonymat. Il a demandé aux autorités de mener une enquête, et nous avons encore ces lettres datant de 2013. En janvier 2014, il y avait des troubles sérieux à Butembo, où Hamza Baguma avait conduit un certain nombre de musulmans à se soulever très violemment contre les autorités islamiques de la COMICO. Le représentant légal adjoint, chargé des affaires juridiques, Maître Jafari, a même failli être tué, c’est un fait connu de tous dans le Nord-Kivu. »

« La raison de ces troubles, c’est que début 2014, un vote a été organisé au niveau local par les autorités islamiques, et Hamza Baguma et ses partisans ont échoué à ce vote. D’ailleurs, son ami avec qui il a été arrête, Djibril Muhindo, avait aussi perdu à ce même vote. Suite à cela, les querelles et les troubles se sont succédé, nous explique le responsable religieux, qui tient à détailler précisément l’historique électrique de la communauté musulmane de Butembo.  Regardez, alors que le représentant régional de la COMICO avait dénoncé par écrit les agissements de Hamza Baguma, le maire de la ville de Butembo n’a demandé aucune enquête, mais a plutôt obligé le représentant régional à retirer sa plainte contre l’imam Hamza Baguma. Le maire de la ville, au lieu de soutenir et de protéger les autorités religieuses légalement établies, il les a destituées pour les remplacer par Hamza Baguma et son ami ».

Un passé sulfureux, donc, qui a valu à l’imam Hamza Baguma une surveillance accrue des services de renseignement depuis plus de deux ans. Cependant, jusqu’à sa dénonciation par un présumé ADF nommé Kassim, les forces de sécurité n’avaient vraisemblablement rien à lui reprocher. Dans le procès en cours à Beni, son passé pourrait toutefois lui desservir, et de nombreux éléments pourraient resurgir et donner du crédit aux accusations dont il fait l’objet.

« Ce qu’il se passe à Butembo et à Beni,… nous sommes réservés. Nous ne savons pas ce qu’il en est, mais nous savons que des enquêtes passées font allusion à l’imam Hamza Baguma, il a un passé qui ne plaide pas en sa faveur. Tous ces jeunes qui le défendent, c’est parce qu’il est aimé pour ses prédications, explique le religieux. Mais dans le cadre de l’enquête, des images issues de son ordinateur ont montré des jeunes dans la forêt avec des machettes. Dans le Nord-Kivu, il y a du monde qui connaît ce passé de Hamza Baguma, tout le monde a entendu parler des conflits internes à la communauté musulmane ici ».

À chaque fois qu’il en a l’occasion pendant son procès, l’imam Hamza Baguma nie les accusations portées contre lui et certifie qu’il n’évoquait le djihad dans ses enseignements qu’à titre préventif. Dans sa ville de Butembo, ses fidèles continuent à croire à un coup monté et restent persuadés que leur imam sera prochainement libéré et lavé de tout soupçon. Pour notre responsable musulman anonyme, les partisans de l’imam Hamza Baguma pourraient tout aussi bien avoir une très mauvaise surprise qui viendrait, si elle avait lieu, ternir considérablement l’image de l’ensemble de la communauté musulmane en République Démocratique du Congo.

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