Arrêtés il y a un mois à Butembo et transféré à Beni, où ils sont jugés aux côtés de présumés-ADF dont 10 ont été condamnés à mort la semaine dernière, les imams Hamza Baguma et Djibril Muhindo pourraient connaître leur sort dès demain.

Hamza Baguma Butembo1

 

À quelques heures du verdict qui devrait être prononcé au tribunal militaire de Beni, l’inquiétude et le pessimisme se sont emparés des fidèles de la mosquée de Butembo, où officiait l’imam Hamza Baguma jusqu’à son arrestation le 25 août dernier. Face aux condamnations à mort prononcées contre 10 éléments présumés des ADF, dont un pygmée et une femme ougandaise de 80 ans, les soupçons de machination s’intensifient dans les rangs des musulmans de Beni et de Butembo. Ces derniers s’étaient déjà vivement émus de l’arrestation de leur imam il y a un mois, alors que l’un des accusés entendus l’avait désigné comme l’un des principaux recruteurs des ADF à Butembo. D’après lui, l’imam Hamza Baguma avait pour mission de délivrer des enseignements djihadistes aux jeunes fidèles de sa mosquée, ainsi qu’à d’autres étudiants étrangers, avant de les envoyer combattre dans la forêt. S’il a toujours nié les accusations dont il fait l’objet, l’imam a vu des images de son ordinateur personnel exposées publiquement en pleine audience il y a deux semaines, celles-ci contenaient notamment des discours d’Aboud Rogo, un imam kényan tué en 2012, considéré comme proche des Shebab et accusé de prêcher le djihad.

« La justice en RDC est instrumentalisée, accuse un fidèle de la mosquée de Butembo. Nous attendons la décision finale, mais il faudra sans doute beaucoup prier pour eux car l’ennemi est également contre notre communauté ».

Malgré les inquiétudes au sein de la communauté musulmane de Butembo, il est difficile d’imaginer que la peine capitale soit prononcée contre un personnage aussi populaire et influent que l’imam Hamza Baguma, qui avait reçu le soutien de la municipalité lors de son conflit contre les représentants de la COMICO il y a 3 ans. C’est justement ce passé tumultueux qui, du côté des instances officielles de l’islam congolais, continue à interroger et explique en partie la retenue, voire le silence de la COMICO dans ce dossier.

En plus de Hamza Baguma et de Djibril Muhindo, les musulmans du Nord-Kivu doivent faire avec l’arrestation du très respecté Muzammil Idriss, survenue il y a une dizaine de jours à Goma. Connu pour ses nombreux projets, comme la construction d’un centre de formation des imams à Goma, le religieux est lui aussi soupçonné de recruter en faveur des ADF, ce qui lui a valu d’être transféré à Beni la semaine dernière. Lui sont notamment reprochés un voyage en Ouganda et un déplacement jugé « suspect » à l’aéroport de Goma, alors qu’il était accompagné d’une dizaine de jeunes. Dans son entourage, on explique qu’une partie de sa famille ainsi que ses enfants habitent en Ouganda et qu’il est régulièrement amené à leur rendre visite. Concernant sa présence à l’aéroport avec des jeunes, ses partisans expliquent qu’il pourrait s’agir de candidats à l’une des écoles fondées par l’imam, qu’il aurait été accueillir à leur atterrissage en provenance d’autres villes congolaises. À la tête de la FORMIFID, organisme dédié à la formation des imams et à la prédication islamique, le Shaykh Muzammil Idriss est l’un des membres actifs de la communauté musulmane dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Tanganyika et la Tshopo. Pour ses partisans, ce sont ces travaux en faveur de l’expansion de l’islam en RDC qui lui sont reprochées.

Alors qu’elle s’estime injustement stigmatisée et qu’elle déplore l’absence de militaires sur le banc des accusés, la communauté musulmane du Nord-Kivu vit dans l’anxiété depuis que ses imams les plus populaires sont désignés comme ennemis du peuple congolais. Conscients de l’impact, mais aussi des conséquences, qu’aurait une condamnation à mort ou une peine trop lourde à l’encontre des religieux de Butembo, les juges n’ont surtout jamais été en mesure jusqu’à présent de prouver l’implication réelle des imams dans l’endoctrinement et le recrutement en faveur des présumés « djihadistes » des Allied Democratic Forces.

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