En constante progression au Congo-Brazzaville, l’islam compterait actuellement entre 500 000 et 700 000 adhérents, ce qui en ferait la deuxième religion en terme d’adeptes, loin devant les églises de réveil et évangélistes.

La prière de l'Aïd Al-Fitr le 06/07/2016 à Brazzaville.
La prière de l’Aïd Al-Fitr le 06/07/2016 à Brazzaville.

Les catholiques peuvent encore dormir tranquilles. Largement majoritaires dans le pays avec plus de 2 500 000 fidèles, ils sont les témoins de l’essor impressionnant d’un islam jadis considéré comme la chasse gardée de la puissante communauté ouest-africaine installée sur le territoire. Sauf que depuis quelques années, ce sont les fils du pays eux-mêmes qui prennent en main la prédication islamique et redonnent ainsi un visage nouveau à la présence musulmane au Congo-Brazzaville. Jusqu’alors, dans la pensée collective congolaise, le musulman était un « wara » ou « ndingari », selon les termes employés pour désigner les immigrés venus d’Afrique de l’Ouest. Propriétaires de nombreux commerces à Brazzaville et à Pointe-Noire, ces populations sont également à l’initiative des premières mosquées apparues dans le pays au début du XXème siècle. C’est ainsi que par leurs us et coutumes, leurs tenues vestimentaires, leurs rites importés du Sénégal ou du Mali, l’islam présent au Congo a pendant très longtemps été perçu comme une religion d’étrangers, voire une religion d’invasion.

Tout cela était avant que les autochtones, nouvellement convertis à l’islam, ne se décident à s’investir à leur tour en faveur de l’expansion de la religion dans le pays, en commençant par s’offrir des formations de haut niveau. C’est aux alentours du milieu des années 1990 que des congolais ont commencé à quitter leurs terres pour étudier l’islam en profondeur dans des pays comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite, mais aussi le Soudan ou même le Maroc. Si la plupart choisissent de se former dans les disciplines classiques de la science islamique, d’autres optent pour une spécialisation en religions comparées, afin de disposer d’une panoplie plus large lors des débats interconfessionnels dont raffolent les foules congolaises. À la tête du Conseil Supérieur Islamique du Congo, El-Hadj Djibril Abdoulaye Bopaka s’entoure de prédicateurs et d’imams dynamiques, à l’image de son vice-président, l’imam Youssouf Ngolo, orateur émérite et défenseur d’un islam du dialogue et de l’échange. Personnage en vue depuis quelques années, le prédicateur Ibrahim Lekaka, élève du Docteur AbdoulMadjid Kasogbia que l’on connaît bien chez nous en RDC, a été formé en Arabie Saoudite et s’est imposé dans les deux Congo comme l’un des débatteurs les plus pugnaces et les plus éloquents, de l’aveu-même de certains de ses contradicteurs chrétiens.

Face à l’augmentation du nombre de musulmans issus d’ethnies locales et parlant parfaitement les dialectes nationaux, la communauté chrétienne a réalisé que les adeptes de l’islam étaient désormais mieux armés pour propager le message coranique dans toutes les sphères de la société congolaise. Facilité par le président Denis Sassou-Nguesso, l’implantation de l’islam s’est également traduite par la multiplication des projets de construction de mosquées, comme celui de la plus grande mosquée d’Afrique, imaginé par des bailleurs de fonds qataris pour Brazzaville. Ainsi, c’est dans un climat de crainte, alimenté par la diffusion de plus en plus consistante d’une vision rigoriste d’une pratique importée d’Arabie Saoudite, que le gouvernement congolais adoptait au printemps 2015 une loi interdisant le port du niqâb dans l’espace public. Mais la progression fulgurante de l’islam au Congo aura surtout eu pour effet la perte d’influence de certains pasteurs sur leurs fidèles. En effet, certains « apôtres », comme ils aiment à se faire appeler, ont vu leur activité disparaître en même temps qu’une grande partie de leurs biens suite à la désertion de leurs églises. Mieux, l’histoire d’Abdulmalik Breko, converti à l’islam après 27 années de vie pastorale, a largement fait le tour du Congo-Brazza, que l’ancien pasteur a sillonné pour faire part de son témoignage.

Rendue possible en premier lieu par le rôle du sergent Malamine dans le cours de l’Histoire du Congo, l’implantation de l’islam dans le pays s’est faite en deux grandes phases : l’apport des ouest-africains, puis la prédication intensive des autochtones convertis. Aujourd’hui, à l’image de ce qui existe en République Démocratique du Congo, une véritable culture du dialogue et du débat inter-religieux caractérise les relations entre musulmans et chrétiens au Congo-Brazzaville, de quoi permettre aux deux grandes confessions de jeter des ponts là où d’autres auraient dressé des barrières, et de construire une coexistence pacifique et sans arrières-pensées.

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