Accueillis en libérateurs par la population samedi dernier à Beni, les Maï-Maï Mazembe prétendaient venir débarrasser la ville des ADF, qu’on dit terrés dans les forêts de Mayangose. Étonnamment laissés libre de circuler, armes blanches à la main, par l’armée et la MONUSCO, ces « justiciers » sont aujourd’hui introuvables dans Beni et ses alentours.

 MaiMai à Beni

C’est une donnée qui intrigue aujourd’hui à Beni. Comment des hommes armés de lances, considérés comme des rebelles par l’Etat congolais, ont-il pu traverser Beni, être acclamés par la population, sans jamais être inquiétés ni par les FARDC, ni par la MONUSCO ? Alors que les initiatives de justice populaire et d’auto-défense ont connu de graves conséquences dans la région, beaucoup se sont étonnés de la passivité des forces de l’ordre face au défilé des Maï-Maï en ville de Beni. Salués en libérateurs et adoptés par la population, en grande partie parce qu’ils s’exprimaient en kinande, le dialecte local, ces hommes aux allures de guerriers traditionnels prétendaient mettre fin au règne des ADF à Beni, promettant de réussir à faire revenir la paix dans la région, là où l’armée et la MONUSCO échouaient depuis des années. À noter qu’à Butembo, un groupe mystérieux, d’abord pris pour une secte religieuse, puis pour les mêmes Maï-Maï en action à Beni, a pour sa part été stoppé par les forces armées dans des accrochages entraînant la mort de plusieurs civils.

Quatre jour après leur entrée triomphale à Beni, où sont donc passés ces « libérateurs » ? Aux dernières nouvelles, ils se sont enfoncés dans la forêt, vers Mayangose, à l’Est de Beni, d’où ils ne sont jamais ressortis. À Beni-ville, si des rumeurs circulent au sujet de caches de présumés-ADF découvertes dans la brousse, et de combats victorieux pour les Maï-Maï face aux « égorgeurs », certains se montrent bien plus sceptiques sur la démarche de ces justiciers, et émettent des doutes sur le but réel de leur présence à Beni. C’est ainsi que la Véranda-Mutsanga, groupe d’activistes-citoyens, multiplie les appels à la vigilance auprès de la population, l’invitant à s’interroger sur l’origine, l’identité réelle, les commanditaires et le véritable but de ces Maï-Maï.

« La Véranda-Mutsanga appelle les habitants à une extrême vigilance. Ne pensez pas que tout celui qui se présente en libérateur, est nécessairement libérateur, ont ainsi déclaré les leaders du mouvement par communiqué. N’embrassez pas n’importe quel mouvement aveuglément, vous risquez d’embrasser même un diable. Bien-sûr, la souffrance et le désespoir sont au zénith en Beni-Lubero, mais on ne sait pas qui est qui et qui est avec qui ? Le même ennemi risque de se métamorphoser en libérateur. Il ne faut pas tout embrasser aveuglément. Extrême prudence et vigilance. »

Rejoints dans leur traque des ADF par les FARDC et la MONUSCO, les Maï-Maï ne sont donc toujours pas ressortis de la brousse et il est aujourd’hui difficile de statuer sur leur sort. Si il est probable que l’armée régulière ait décidé d’en profiter pour régler leur compte à ces rebelles locaux, avec qui les escarmouches sont fréquentes, à Beni, certains craignent que la parade triomphale de samedi n’ait été qu’un leurre, et que ces Maï-Maï ne soient en réalité des « égorgeurs » qui ont ainsi pu rejoindre les forêts paisiblement.

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DKM Guerre

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