Alors qu’ils sont actuellement engagés dans une lutte sans merci, soit pour conserver le pouvoir, soit pour arracher l’alternance, les politiques congolais n’ont souvent montré que très peu d’intérêt pour la communauté musulmane. En cette période charnière de l’Histoire moderne de la RDC, il est loin d’être acquis que la situation ne change de manière positive pour les musulmans congolais.

Parlement RDC

Largement sous représentés sur l’échiquier politique congolais, les musulmans se sont toujours plaints d’être les laissés-pour-compte d’un système profitant surtout aux adeptes des confessions religieuses majoritaires en RDC. Radios, chaînes de télévision, commerces, fêtes religieuses fériées, écoles confessionnelles privées, les musulmans voient les avantages en tous genres leur filer sous le nez depuis des décennies, malgré leurs sollicitations répétées auprès des autorités politiques. Même au sein de l’armée, les militaires adeptes de l’islam déplorent l’absence d’un aumônier musulman, quand les chrétiens bénéficient des prêches bibliques d’un officier attitré. Pour changer la donne, certains imams encouragent les jeunes de la communauté à entrer en politique, histoire de représenter les musulmans à l’échelle nationale et de mener enfin des actions concrètes en faveur de la minorité.

Aujourd’hui, la défiance vis-à-vis du monde politique est à son paroxysme au sein de la communauté. Symbole de cette fracture, Lambert Mende, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, est celui qui a mis le feu aux poudres en évoquant des liens entre des ADF qualifiés de « djihadistes » et certains imams congolais à l’Est du pays. Des propos qui avaient suscité une vague de colère dans les mosquées et provoqué de vives réactions de la part des représentants de l’islam, avant d’être subitement concrétisés, quelques semaines plus tard, par l’arrestation des imams Hamza Baguma et Djibril Muhindo. La récente condamnation à mort des deux hommes, jugée injuste par les musulmans congolais, les a définitivement convaincus de l’influence exercée par les politiques sur une décision de justice venue confirmer le discours officiel du pouvoir sur l’identité supposée des auteurs et commanditaires des massacres de Beni.

En qui faire confiance dans tout ça ? Obnubilés par le pouvoir, les politiques congolais ne semblent que très peu se soucier des réelles attentes du peuple. Ainsi, au cours du dialogue national, qui s’est tenu en l’absence d’une forte partie de l’opposition et boycotté par les représentants catholiques, la question de Beni n’a pas été abordée ni été érigée en cause nationale, comme le demandaient pourtant certains acteurs citoyens du Nord-Kivu. En qui faire confiance parmi des politiques dont aucun n’a réagi suite à la condamnation à mort, basée sur aucun élément de preuve, aucun témoignage, aucune revendication, des deux imams de Butembo ? Désintéressés du sort de musulmans qui représentent aux alentours de 12% de la population congolaise, nos politiques ont toujours semblé avoir d’autres priorités, d’autres enjeux auxquels faire face, d’autres catégories de congolais à satisfaire.

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