Accueillis en libérateurs il y a dix jours à Beni, les Maï-Maï, qui prétendent être en mesure de débarrasser le Nord-Kivu des FDLR et des ADF, bénéficient d’un large soutien populaire dans la région.

Pris sous le feu de l’armée congolaise il y a quelques jours à Kabasha, ces miliciens d’auto-défense sont considérés  par l’Etat congolais comme des rebelles au même titre que les groupes qu’ils disent combattre. Mais aux yeux de la population, la situation est incompréhensible et propice à toutes sortes de scénarios complotistes. Pourquoi les FARDC s’en prennent-ils aux Maï-Maï, qui ne demandent pourtant qu’à les aider à éradiquer l’insécurité à Beni ? Pourquoi l’armée ne met-elle pas autant de cœur à combattre les ADF qu’elle n’en met à détruire les mouvements de résistance Maï-Maï ? Face à ces remises en cause, les FARDC s’agacent. Pris à partie par des habitants de Beni, des officiers expliquaient encore hier que seule l’armée et la police étaient habilitées à porter les armes pour assurer la défense et la sécurité du territoire congolais. Un militaire rappelait également que depuis qu’ils disent combattre les FDLR, les Maï-Maï ne se sont pas montrés bien efficaces dans leur tâche, puisque la rébellion rwandaise demeure active et dangereuse à plusieurs endroits dans le Nord-Kivu.

À plusieurs reprises déjà, les Forces Armées de la RD Congo ont lancé des injonctions aux populations de Beni, mais également de Butembo, afin de les dissuader d’apporter leur soutien à des mouvements rebelles. Si les soupçons de connivence entre les populations locales et les présumés ADF ont toujours été difficiles à prouver, et même à croire, force est de constater que les Maï-Maï bénéficient pour leur part bel et bien d’un degré de sympathie croissant au sein des habitants. Ainsi, pendant les accrochages de Kabasha, nombreux étaient les habitants de Beni et de Butembo qui adressaient des messages de soutien aux Maï-Maï, espérant les voir prendre le dessus sur les forces loyalistes. Une situation difficile à comprendre et à accepter pour les FARDC, lassés d’être perçus comme des ennemis dans une région où ils rencontrent le plus grand mal à rassurer pleinement la population, et où certains officiers sont soupçonnés d’œuvrer pour le maintien d’un chaos ambiant.

Armés de simples armes blanches, lances, couteaux, lance-pierres, les Maï-Maï sont des groupes d’auto-défense dirigés par des chefs de village, des seigneurs de guerre ou d’anciens officiers de l’armée congolaise. Constitués au départ pour lutter contre l’invasion rwandaise, ces miliciens arborent souvent des fétiches ainsi que des coiffes et des pagnes faits d’herbes ou de paille, et prétendaient dans les anciens temps que l’eau (mayi) sur laquelle des incantations étaient prononcées les protégeait de l’impact des balles. Malgré la vague de sympathie dont ils bénéficient, compte tenu du degré de désespoir dans le Nord-Kivu, les Maï-Maï sont bien loin d’être des enfants de cœur : cannibalisme, racket sur les populations civiles, viols,… ces justiciers auto-proclamés contribuent grandement à l’insécurité dans la province, élément que les troupes loyalistes peinent à rappeler aux populations locales.


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