Dans un entretien accordé au journal Le Monde, le Docteur Denis Mukwege a évoqué la situation sécuritaire chaotique à l’Est de la République Démocratique du Congo. Le chirurgien de Bukavu, qui s’est fait connaître par son combat en faveur des femmes victimes de viols, a rappelé que la convoitise suscitée par la richesse des sous-sols congolais était le moteur des conflits armés dans le Kivu.

Dr Mukwege1

« Peu de pays recèlent autant de ressources naturelles que le Congo. Et 80 % des réserves mondiales de coltan se trouvent dans la zone où les femmes sont attaquées, a ainsi expliqué le docteur. Faire main basse sur les richesses de notre sous-sol est donc la grande affaire. De même qu’en contrôler les cours pour ne pas provoquer une hausse des prix de nos smartphones, auxquels le coltan est essentiel. Les armées et d’innombrables milices se sont emparées de ces eldorados. La mondialisation a des conséquences inattendues. Et si elle n’est pas animée par une éthique, une morale… »

Lire : Denis Mukwege, « La RDC est une bijouterie à ciel ouvert ».

Si son engagement est salué à l’international, le combat du Docteur Mukwege dérange des autorités congolaises qui avaient dans un premier temps rechigné à autoriser la projection de son film « L’homme qui répare les femmes » en RDC, avant de se raviser.

« Mon combat et ma franchise dérangent. On m’accuse de salir la réputation du Congo et de nuire à un gouvernement corrompu qui protège l’impunité des violeurs. C’est effarant, car le silence et l’inaction valent complicité, a-t-il estimé. Les femmes devraient avoir droit, au minimum, à la protection de l’Etat. Droit à se voir reconnaître un statut de victimes et des réparations. Mais pointer la responsabilité de l’Etat me vaut encore des menaces, alors même que le pays s’enfonce dans un état de non-droit. Depuis l’attentat contre mon domicile, je vis avec ma famille dans l’enceinte de l’hôpital de Bukavu et sous la protection des soldats de l’ONU. Malheureusement, celle-ci vient de m’être retirée. »

En 2012, le Docteur Denis Mukwege avait échappé à une tentative d’assassinat, qui l’avait poussé à quitter le Congo pour s’exiler en Europe. Souffrant de son absence, des femmes qu’il avait soignées à l’hôpital de Panzi s’étaient cotisées pour lui payer son billet retour pour Bukavu. Combattu par les autorités politiques du pays, Denis Mukwege plaide pour une alternance pacifique à la tête de l’Etat et pour le départ du président Joseph Kabila au terme de son deuxième et dernier mandat.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *