À Kinshasa, les imams font partie des premières victimes du manque de financements de l’Etat et de la COMICO. La plupart des religieux musulmans de la capitale officient aujourd’hui de manière presque intégralement bénévole.

D’un point de vue islamique et en fonction des points de vue juridique, rien ne leur interdit de percevoir un salaire. Pourtant, la plupart des imams de la capitale de la RDC vivent, tout comme certains de leurs fidèles, dans une précarité inquiétante et quasi-permanente. Si certains réussissent à s’assurer un revenu via les dons effectués en faveur de leurs mosquées ou associations, ceux-ci restent bien trop maigres pour leur permettre de faire évoluer les projets de la communauté tout en assumant leur rôle de chefs de famille. « Ici à Kinshasa, les imams n’ont quasiment rien pour vivre, nous explique un fidèle habitué de la mosquée Sheikh Hamdan Bin Rashid Al-Maktoum, qui fait figure d’exception dans la capitale. Ils sont nombreux à ne pas avoir de formation professionnelle, en dehors du domaine religieux, ils n’ont pas été formés, ils n’exercent donc pas d’autre activité que celle de la mosquée ».

Cette situation, en plus d’imposer une vie inconfortable à ces imams, pénalise directement le bon déroulement des activités religieuses de la mosquée : conférences annulées faute de moyens, livres et vêtements islamiques rares faute de financements, et dons moins spontanés, puisque certains fidèles soupçonnent désormais des imams de tout se mettre dans les poches. « Ce n’est pas répandu mais ce sont des bruits qu’on entend, nous précise-t-on. On reste encore loin de l’enrichissement des pasteurs par les dons, les impôts qu’ils récoltent de leurs fidèles, mais chez nous, certains ont peur que l’argent qu’ils donnent en faveur de projets islamiques ne soit utilisé dans un autre but par la COMICO ou par des imams de petites mosquées ».

La situation est telle que dans plusieurs communes, on a a noté une inquiétante hausse des reconversions d’imams en féticheurs ou en exorciseurs, fonctions particulièrement lucratives dans la capitale, mais très majoritairement exercées selon des préceptes considérés comme dévoyés et totalement contraires à l’islam. « Ils font ça car c’est le seul moyen pour eux de gagner un peu d’argent, témoigne le jeune Ali, un jeune musulman de la commune de Limete. Ils n’ont pas de revenus donc deviennent des féticheurs, ça leur rapporte quelque chose, mais ils perdent le respect de tous les musulmans ».

Pour pallier à ce problème, des structures ont vu le jour, à l’Est du pays, permettant le « renforcement de capacité » des imams, en leur offrant une formation professionnelle en plus de leur cursus purement religieux. À Kindu (Maniema), sous l’impulsion de l’AJEMESCO, un centre spécialisé a vu le jour à la fin de l’été dernier, alors qu’à Buzi-Bulenga (Nord-Kivu), Shaykh Idrissa Muzammil a mis en place de nombreux organismes dédiés à la prise en charge et à la formation professionnelle des imams.


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