Capitaine des Léopards, engagés dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2018 en Russie et qui disputeront la CAN 2017 dans deux mois au Gabon, Youssouf Mulumbu suit de près les soubresauts politiques congolais, mais aussi et surtout la situation sécuritaire à l’Est de la RDC, en se plaçant toujours du côté du peuple.

MulumbuYoussouf

Plus un massacre à Beni ni une manifestation pacifique réprimée violemment sans que le compte Twitter de Youssouf Mulumbu ne prenne des allures militantes. Qu’il soit en Angleterre, où il évolue dans le club de Norwich City, ou à Kinshasa, le milieu de terrain formé au PSG ne manque jamais de réagir à des événements qu’il considère comme passés sous silence. Si les footballeurs de l’équipe nationale n’avaient jusqu’à présent pas coutume de s’exprimer systématiquement sur l’actualité congolaise, les manifestations de janvier 2015 ont sonné comme un déclic dans l’esprit de nos Léopards. Alors engagés dans une Coupe d’Afrique des Nations qui les verra terminer troisièmes, les hommes de Florent Ibenge dédieront leur parcours, aussi brillant qu’inattendu, aux manifestants tués pour avoir refusé le projet de révision de la Constitution fomenté par le pouvoir congolais. D’après Human Rights Watch, 36 personnes avaient péri à Kinshasa et au moins 4 autres à Goma, dans des manifestations qui avaient débuté le 19 janvier 2015, réprimées à balles réelles par les forces de l’ordre. En Guinée-Equatoriale, les joueurs de l’équipe nationale ont été invités tout au long de leur parcours par Constant Omari, le chef de la fédération congolaise de football (FECOFA), à faire abstraction de leurs éventuels ressentiments envers le pouvoir en ne jouant que pour le peuple, pour qui chaque victoire revêtait alors une signification allant bien au-delà du sport.

Écarté des terrains par une longue blessure, Youssouf Mulumbu semblera alors se concentrer davantage sur la situation dans le territoire de Beni que sur le football. Sur les réseaux sociaux, l’initiateur de la Fondation Mulumbu étalera de plus en plus fréquemment, et avec une amertume toujours plus palpable, son indignation face au drame de Beni, à l’inaction du gouvernement et au silence de la communauté internationale. C’est ainsi qu’au mois de février dernier, le capitaine des Léopards se fendra d’un tweet rageur sur la situation à l’Est de la RDC, pointant directement la responsabilité des dirigeants congolais : « Lorsque c’est pour déplorer les attentats dans des pays étrangers, on est les premiers à être (#JeSuis), mais sur notre propre sol personne n’est Congo ou Kivu. Jusqu’où les autorités laisseront ces massacres ? C’est la question que je me pose. Tant que ça ne concerne ni famille ni entourage, c’est normal ».

Adoubé par la population pour sa hargne sur le terrain et son rôle rassembleur dans le vestiaire, Youssouf Mulumbu semble désormais se complaire dans ses nouveaux habits de défenseur des droits et d’ambassadeur de la paix, pour le plus grand plaisir d’un peuple congolais qui se sent ainsi soutenu par les acteurs du sport numéro un dans le pays. Car c’est aujourd’hui à travers le football que la nation congolaise trouve un exutoire à ses frustrations, un espace unique de communion, où les chants sensés galvaniser les joueurs se transforment bien vite en slogans hostiles au pouvoir, ou en hymnes à la gloire de Moïse Katumbi, l’autre héros des stades en RDC. Loin du Congo en septembre dernier, lors des marches de Kinshasa réprimées dans le sang par le pouvoir, Youssouf Mulumbu n’aura pu savourer pleinement la victoire qu’il venait de décrocher avec son club de Norwich City : « Je suis particulièrement triste des graves incidents qui touchent mon pays. Je suis très inquiet de constater qu’un grand pays comme le Congo se déchire, qui plus est dans l’indifférence générale, déplorait ainsi le capitaine des Léopards au micro de France Football. Nous perdons des vies humaines et cela passe inaperçu. De l’extérieur, j’observe ce qu’il se passe, je suis en contact avec des amis et ma famille mais, hélas, je ne peux rien faire, excepté m’indigner. Je condamne naturellement ces violences. Quand un Congolais perd la vie, forcément, je suis touché ».

Par le courage de ses prises de position, son désir obsessionnel d’un retour à la paix, pour Beni et pour l’ensemble de la République Démocratique du Congo, Youssouf Mulumbu s’est hissé sans même le vouloir au rang des personnalités du peuple, celles qui souffrent avec les petites gens, partagent leurs aspirations et donnent du relief à leurs revendications. Compte tenu des développements politiques actuels en République Démocratique du Congo, mais aussi du calendrier auquel va très vite s’attaquer l’équipe des Léopards, les éventuelles réactions et prises de parole de Youssouf Mulumbu seront particulièrement scrutées… elles pourraient franchement valoir le détour.





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