À Beni et Butembo, artistes et musiciens folkloriques Yira craignent d’être des victimes collatérales de la traque acharnée menée par les FARDC contre les Maï-Maï sévissant dans la région. Explications.

YIRA (1)

Lances, peaux de léopard, amulettes,… Les Maï-Maï actifs dans la région de Butembo ressemblent à s’y méprendre aux gardiens de la culture Yira qui, par leur cérémonies coutumières, maintiennent en vie des traditions ancestrales communes aux congolais issus de l’ethnie Nande. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer des abus de la part des forces de sécurité, qui les traiteraient de la même manière que les Maï-Maï, considérés comme des rebelles par l’Etat congolais.

Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) se sont lancées depuis plusieurs semaines aux trousses des Maï-Maï Mazembe et des Maï-Maï ‘Corps du Christ’, dont les éléments se sont répartis dans plusieurs villages entre Beni et Butembo. Dans la localité de Butuhe, plusieurs habitants dénoncent les fouilles systématiques des militaires congolais, à la recherche de tatouages dits protecteurs, ceux-là même qu’arborent les Maï-Maï dispersés dans la région. Nerveux et agacés par le soutien dont bénéficient encore ces combattants auprès d’une frange de la population, les FARDC procéderaient à des contrôles de plus en plus musclés, n’hésitant pas à cibler les musiciens coutumiers Yira.

« C’est étonnant car ces militaires savent très bien où se terrent les Maï-Maï, dénonce ainsi un habitant en fuite du village de Butuhe. Pourtant, au lieu d’aller les chercher là où ils sont, ils harcèlent la population comme ils l’ont fait à Rughenda après avoir chassé les Maï-Maï du Mont-Carmel. Porter des tenues coutumières et des lances, cela fait partie de la culture Yira, c’est notre culture, et c’est en train d’être interprété comme une menace par les FARDC, comme s’ils ne savaient pas ce que c’était qu’un vrai Maï-Maï. Ils nuisent aux innocents ici. »

Lire aussi : Butembo – Les FARDC signent la fin des Maï-Maï ‘Corps du Christ’ au Mont-Carmel.

En République Démocratique du Congo, chaque tribu dispose de notables et d’artistes coutumiers qui, à travers leurs rôles politiques à l’échelle locale, mais aussi les danses et les chants, maintiennent en vie leur héritage culturel et réaffirment leur attachement aux coutumes léguées par leurs aïeux. Sur toute l’étendue du territoire, les tenues coutumières renvoient la plupart du temps aux tenues guerrières des premiers temps, avec l’omniprésence de la coiffe en peau de léopard portée par les chefs coutumiers.

Depuis plusieurs semaines, de nombreux groupes de Maï-Maï se forment, dans le sillage des Mazembe et ‘Corps du Christ’; tous prétendent vouloir rejoindre les forêts de Beni pour chasser eux-mêmes les présumés-ADF. Considérés comme des rebelles au regard de la Constitution congolaise, ces groupes armés (de pierres et de lances) sont traquées de manière continue par les FARDC, à qui ils donnent bien du fil à retordre.





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