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Photo – Ali Valu – @DuniaKongoMedia

Le sang va couler, des congolais vont mourir et des mères vont pleurer la perte de leurs enfants. Ceci n’est pas une prophétie, mais le sentiment qui anime bon nombre de congolais à 7 jours de la date fatidique du 19 décembre 2016. Des prévisions bien sombres, qui ont toutes les chances de se réaliser, si l’on se fie aux dernières manifestations de grande ampleur, notamment celles des 19 et 20 septembre derniers, réprimées violemment par les forces de l’ordre. Le souvenir du mois de janvier 2015 reste également dans toutes les mémoires, quand de nombreux congolais subissaient la brutalité d’un pouvoir qui pensait alors, par un projet de révision de la Constitution, assurer un maintien confortable de Joseph Kabila à la présidence de la République. La Constitution, justement, son article 64 est érigé en slogan de guerre par un peuple qui s’y prépare. La rue, elle, est déterminée à chasser un chef de l’Etat qui, pendant bien trop longtemps, aura démontré son incapacité à faire avancer un pays au potentiel immense, mais gangrené par la corruption de son système. Dans sa furie, dans sa volonté d’en découdre, cette rue enragée peut déraper, saccager des biens publics, et des éléments incontrôlés peuvent profiter de l’occasion pour semer un véritable chaos, auquel le chant des armes répondra comme il a l’habitude de le faire.

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Le chaos. Il semble que c’est la carte que souhaitent jouer certains de nos politiciens qui se disputent aujourd’hui le pouvoir, après avoir, pour la plupart d’entre eux, passé plusieurs années à jouir des largesses du système Kabila. L’impression est que le corps politique est hautement déconnecté du peuple. Priorité est donnée au pouvoir, à l’alternance car il est temps, c’est vrai, mais dialogue après dialogue, on n’aura que bien peu parlé des aspirations réelles du peuple. À l’Est du pays, l’absence de la question de Beni dans les palabres kinoises a été particulièrement mal vécue. Il en va de même au sujet du rôle du facilitateur Edem Kodjo, perçu par la rue congolaise comme le laquais d’un Joseph Kabila qui, à l’heure où nous posons ces quelques lignes, n’a toujours pas daigné clairement déclarer qu’il laisserait la place à un autre après le 19 décembre pour diriger la transition.

Ce sont donc la mort, le sang, les larmes qui nous sont promis, faute d’élections dans les délais, faute d’une CENI impartiale et sérieuse, faute d’un Congo responsable. Les manifestants qui battront le pavé dans une semaine nourrissent pourtant un espoir secret : voir les forces de l’ordre, mal payées, exploitées, déconsidérées, se rallier à la rue et rejoindre la contestation populaire. Dans l’Est de la RDC, de nombreux militaires engagés dans la lutte contre les groupes armés nous ont confié leur ras le bol face à la situation sécuritaire intenable, mais aussi face aux problèmes récurrents de non-paiement de leurs soldes. Mourir pour le Congo. Quel qu’en soit le prix, même dérisoire. L’armée gronde, l’armée comprend les aspirations du peuple, mais l’armée est soumise à des ordres, et tout laisse à penser qu’elle s’y tiendra.

Les ambassades occidentales déconseillent la RDC et multiplient les recommandations à l’attention de leurs compatriotes encore sur place, ce n’est jamais bon signe. La Lucha et les différents mouvements citoyens ont beau appeler à la non-violence, au respect du caractère pacifique que doit revêtir l’exigence de voir Joseph Kabila partir, mais le pire est bel et bien à craindre. Trop de congolais sont morts de la main d’autres congolais, trop de congolais ont souffert par la faute d’autres congolais. Ce désir de paix, de préservation des vies humaines, de la bonne tenue de l’expression, toute légitime, des exigences du peuple, nous vous le formulons, politiciens, soldats, policiers, activistes, citoyens, frères et sœurs, enfants du Congo, à travers ce noble verset coranique : « Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction » [sourate Al-Baqarah, verset 195]




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